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10.12.2017
Pour prolonger ce dimanche...
UNE LUMIÈRE QUI FAIT VOIR L’INVISIBLE
Il est un avènement spirituel qui, par sa place dans le temps et par
sa ressemblance avec eux, tient le milieu entre les deux avènements
corporels du Christ. Comme un intermédiaire, pour ainsi dire, il
participe à la nature de l’un et de l’autre. En effet, le premier
avènement du Seigneur a été caché et humble ; le dernier sera
manifeste et admirable. Or celui-ci est caché certes, mais admirable. Je
peux le dire caché, non que celui qui en est l’objet l’ignore, mais parce
qu’il lui advient secrètement. De là vient que cette âme glorieuse se
glorifie en elle-même et dit : "
Mon secret est à moi, mon secret est à
moi
!". Mais celui-là même en qui le Seigneur vient ne peut le voir
avant d’en jouir, comme le bienheureux Job le déclare pour sa part :
"
S’il vient à moi, je ne le verrai pas, et s’il s’en va, je n’en aurai pas
connaissance
." On ne le voit pas venir, on ne s’aperçoit pas de son
départ ; c’est uniquement lorsqu’il est présent, qu’il est pour l’âme une
lumière qui lui fait voir l’invisible et connaître l’inconnaissable.
Par ailleurs, comme cet avènement du Seigneur est admirable
bien que caché ! De quel doux et joyeux saisissement il suspend et
ravit l’âme qui le contemple ! Comme tous les os de l’homme intérieur
lui crient : "
Seigneur, qui est semblable à toi
!" Ceux-là le connaissent
qui l’ont éprouvé ! Quant à ceux qui ne l’ont pas éprouvé, puissent-ils
avoir un vrai désir d’en faire l’expérience, pourvu que ce ne soit pas
une curiosité téméraire qui les porte à scruter la majesté au risque
d’être accablés par la gloire, mais que ce soit un amour plein de respect
qui les fasse soupirer après le Bien-aimé, pour être accueillis par la
grâce.
Le premier avènement a donc été celui de la grâce ; le dernier
sera celui de la gloire. Celui-ci est à la fois de gloire et de grâce : par la
grâce qui nous console, il nous procure comme un avant-goût de la
gloire future. Si dans le premier, le Dieu de Majesté s’est montré
méprisable, et si dans le dernier, il doit apparaître redoutable, dans cet
avènement intermédiaire il apparaît à la fois admirable et aimable : la
condescendance de la grâce qui le rend aimable, ne l’expose pas au
mépris, mais à l’admiration ; et la magnificence de la gloire qui le rend
aimable, n’inspire pas la terreur, mais plutôt la consolation.
Moment merveilleux et tout aimable que celui où le Dieu-Amour
pénètre dans l’âme qui aime, où l’Époux étreint l’Épouse dans l’unité
d’esprit, où elle se trouve transformée en cette même image par
laquelle elle contemple, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur.
Qu’ils sont heureux ceux dont l’ardente charité a déjà mérité d’obtenir
cette faveur ! Mais bienheureux aussi ceux dont la sainte simplicité
peut espérer de l’obtenir un jour !
Guerric D’IGNY