De la nudité intérieure et de l’abandon que nous devons faire
 de nous-mêmes et de toutes choses

 Il me plaît de chanter à nouveau la nudité intérieure.
 La vraie pureté est exempte de pensées.
 Il n’y a plus de pensée, là où il n’y a plus rien de mien.
 
 Je suis réduit à rien. 
 Quand on est arrivé à la nudité d’esprit, il n’y a plus de souci à avoir.
  Nul mal ne saurait désormais me troubler.
 Je me délecte tellement dans la pauvreté que je ne puis plus m’occuper des choses et des images qui m’entourent.
 Que dis-je ? Le moi ne m’appartient plus, j’en suis dégagé, je suis libre.
  
 Je suis réduit à rien.

 Quand on est arrivé à la nudité d’esprit, il n’y a plus de souci à avoir.
 Comment me suis-je délivré des images, me demandez-vous ?
 Cela s’est fait quand j’ai trouvé en moi la véritable unité.
 Mais qu’est-ce que la véritable unité ?
 C’est quand rien ne m’a ému, ni l’adversité, ni le bonheur. (...)
  
 Je suis réduit à rien.

 Or, cet éblouissement m’a donné des forces sans mesure, car j’avais pénétré Tout.
 En sa présence je ne puis pas vieillir.
 Ma jeunesse, comme celle de l’aigle, se renouvelle sans cesse ;
 tellement toutes mes puissances ont été éteintes et englouties.

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