Tout au long de notre vie, le Christ nous appelle. Il nous serait bon d’en avoir conscience, mais nous sommes lents à comprendre cette grande vérité, que le Christ marche en quelque sorte parmi nous et par sa main, par ses yeux, par sa voix, nous ordonne de le suivre. Or nous ne saisissons même pas son appel qui se fait entendre à cet instant même. Il a eu lieu, pensons-nous, au temps des Apôtres ; mais nous n’y croyons pas pour nous-mêmes, nous ne l’attendons pas. Nous n’avons pas d’yeux pour voir le Seigneur, et en cela, nous sommes très différents de l’Apôtre bien-aimé qui distingua le Christ alors même que les autres disciples ne le reconnaissaient point. Et pourtant, sois-en sûr : Dieu te regarde, qui que tu sois. Il t’appelle par ton nom. Il te voit et il te comprend, lui qui t’a fait. Tout ce qu’il y a en toi, il le sait : tous tes sentiments et tes pensées propres, tes inclinations, tes goûts, ta force et ta faiblesse. Il te voit dans tes
jours de joie comme dans tes jours de peine. Il prend intérêt à toutes tes anxiétés et à tes souvenirs, à tous les élans et à tous les découragements de ton esprit. Il t’entoure de ses bras et te soutient ; il t’élève ou te repose à terre. Il contemple ton visage, dans le sourire ou les pleurs, dans la santé ou la maladie. Il regarde tes mains et tes pieds, il entend ta voix, le battement de ton cœur et jusqu’à ton souffle. Tu ne t’aimes pas mieux qu’il ne t’aime. Tu ne peux pas trembler devant la souffrance plus qu’il ne lui répugne de te voir la subir ; et s’il la fait descendre sur toi, c’est parce que tu l’appellerais toi-même si tu étais sage : pour qu’elle se tourne ensuite à un plus grand bien. Tu n’es pas seulement sa créature, bien qu’il ait souci même des passereaux. Tu es un homme racheté et sanctifié, son fils adoptif, gratifié d’une part de cette gloire et de cette bénédiction qui découlent éternellement de lui sur le Fils Unique. Tu as été choisi pour être sien. Tu étais un de ceux pour qui le Christ offrit à son Père sa dernière prière et y mit le sceau de son sang précieux. Quelle pensée que celle-là, perspective presque trop grande pour notre foi. Lorsque nous y prêtons attention, c’est à peine si nous pouvons nous retenir de rire, comme Sara, d’un rire d’étonnement et de perplexité. Qu’est donc l’homme, que sommes-nous, qui suis-je, pour que le Fils de Dieu ait eu de moi si grand souci ? Qui suis-je pour qu’il m’ait fait passer, pour ainsi dire de la nature d’un démon à celle d’un ange ? Pour qu’il m’ait recréé, pour qu’il habite lui-même personnellement en mon propre cœur, faisant de moi son temple ? Qui suis-je pour que l’Esprit Saint daigne entrer en moi et élever mes pensées vers le ciel avec "d’inexprimables gémissements" ?


John-Henry NEWMAN .