En dépit des exhortations répétées à lire ce livre, j'ai longuement traîné des pieds. Un Frère nous en a fait la lecture au réfectoire. A mon retour, le temps était venu, je l'ai lu d'une traite. Lecture à haute voix, enregistrée pour l'écouter le soir, avant de m'endormir.

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Sagesse d'un pauvre, Eloi Leclerc (KTO)

Ah, Frère Léon, crois-moi, repartit François, ne te préoccupe pas tant de la pureté de ton âme. Tourne ton regard vers Dieu. Admire-le. Réjouis-toi de ce qu'il est, lui, toute sainteté. Rends-lui grâce à cause de lui-même. C'est cela même, petit frère, avoir le coeur pur. Et quand tu es ainsi tourné vers Dieu, ne fais surtout aucun retour sur toi-même. Ne te demande pas où tu en es avec Dieu. La tristesse de ne pas être parfait et de se découvrir pécheur est encore un sentiment humain, trop humain. Il faut élever ton regard plus haut, beaucoup plus haut. Il y a Dieu, l'immensité de Dieu et son inaltérable splendeur. Le coeur pur est celui qui ne cesse d'adorer le Seigneur vivant et vrai. Il prend un intérêt profond à la vie même de Dieu et il est capable, au milieu de toutes ses misères, de vibrer à l'éternelle innocence et à l'éternelle joie de Dieu. Un tel coeur est à la fois dépouillé et comblé. Il lui suffit que Dieu soit Dieu. En cela même il trouve toute sa paix, tout son plaisir. Et Dieu lui-même est alors toute sa sainteté.

Eloi Leclerc, Sagesse d'un pauvre, 1959