18 mai 2013

REGARDER AU-DELÀ DES APPARENCES

La légende de Bagger Vance

Si vous saviez combien d'inconnus sont venus à ma rencontre ces dernières années pour me dire presque à brûle-pourpoint, allez-y, c'est par là, continuez, gardez courage, ne baissez pas les bras, des gens qui ont prononcé des paroles semblant sorties de nulle part et qui ne peuvent pas être dûes au hasard.
Quelqu'un que je voyais pour la première et dernière fois de ma vie qui m'a dit : quand on a compris qu'on a déjà tout dans la vie, on n'a plus peur de la mort.

Ca sonnait presque comme un ordre, une parole prononcée avec assez de fermeté pour me secouer et me sortir de l'état dans lequel je m'enfonçais parce que ce que j'avais toujours connu de la réalité avait été détruit et je ne savais plus ni dans quel monde ni dans quel état je me trouvais.

C'est arrivé à une époque e où chaque nuit je sursautais de terreur parce que je me rendais compte que mon coeur ne battait plus. Or un coeur qui ne bat plus signifie qu'on est mort et pourtant. Pourtant, je ne l'étais pas puisque je m'asseyais sur mon lit à cause de la peur que cette réalité perçue, absolument insoutenable, provoquait. Je ne pouvais être à la fois morte et vivante mais je l'étais et ça qui me faisait faire des bonds et me terrifiait. J'avais conscience de ce qui se passait exactement comme si dormir ou être réveillée ne représentait strictement aucune différence.

Oui, lorsque vous croisez quelqu'un dans la rue qui vient vers vous pour vous dire ça, croyez-moi, ça vous laisse dans un état de stupeur tel que vos jambes se dérobent.
Voilà pourquoi je dis que ma vie est jalonnée de gens qui apparaissent et disparaissent pour me dire des choses que personne ne croit quand j'essaye de témoigner.
On m'a dit que se rendre compte de tout ça c'était le don de discernement.
Quand j'en parle, on me répond sans cesse que c'est le hasard, la chance, la force d'attraction, c'est tout ce que je veux sauf Dieu.
Dans mon for intérieur, je sais bien que ce n'est pas le hasard et maintenant qu'il y a une éclaircie dans ma vie, que j'ai le temps de regarder en arrière, je mesure à quel point je n'ai jamais été abandonnée, absolument jamais et ce depuis ma naissance.
Cette prise de conscience est assez récente (moins de dix ans). 
Je ne sais pas comment c'est arrivé mais je souhaite à tout le monde de réaliser à quel point nous sommes sans cesse guidés. Je ne sais pas si ça se manifeste pour tout le monde de la même manière mais je crois (je ne suis pas à l'abri du doute qui attaque toujours par surprise) que chacun est aimé, protégé et guidé. Le tout, c'est de le voir et de l'accepter (et ça, c'est peut-être le plus difficile car même si l'on crève d'une soif d'amour permanente et toujours inassouvie, on ne peut l'accepter. Accepter l'amour c'est prendre l'incommensurable risque de griller sa dernière cartouche, sa dernière espérance, sa dernière étincelle, celle sur laquelle on espère sans trop y croire que quelqu'un, on n'ose même pas penser, Dieu, souffle chaque jour pour nous maintenir en vie, celle après laquelle on sait jusqu'au tréfond qu'il n'y aura plus rien derrière). Pourquoi c'est arrivé à telle période de ma vie et pas avant, comment c'est arrivé je l'ignore. J'accepte tout à fait de ne pas comprendre parce que je suis émerveillée de constater à quel point j'ai toujours été aimée, même si je ne le savais pas.

 


03 mars 2013

SIGNE OU PAS SIGNE

J'ai quitté la maison au pas de charge.
Il était tard, il faisait froid, j'avais la tête en feu et la gorge nouée.
Quand on patiente depuis des décennies pour quelque chose qui non seulement ne vient pas mais est accordé à d'autres sous vos yeux, il y a parfois de quoi être tenté de baisser les bras une bonne fois pour toute.
C'est dans cet état d'esprit que j'ai entrepris de faire cette marche impromptue.
Marcher au lieu de glisser vers la dispute.
L'air était sec et dans la précipitation je n'ai pas mis de bouteille d'eau dans mon sac.
Sur le chemin, une petite surface encore ouverte.
J'entre, le coeur battant ou lourd.
Je n'avais pas fait trois pas que le vigile, croisé pour la première fois de ma vie, me regarde droit dans les yeux et me dit :
Courage ! Il ne faut pas abandonner.
Il a répété ce mot et d'autres, plusieurs fois, avec force.
J'ai laissé perler quelques larmes de colère et de chagrin et j'ai promis en hocquetant, oui, d'accord, c'est promis.
Je n'ai même pas précisé ce que je promettais, répétant pour prendre congé que ça irait.
Nul besoin de m'expliquer.
Il avoir de savoir que je savais qu'il était inutile de parler.
Un coeur qui parle à un autre coeur.
La bouteille payée, de nouveau l'air frais sur mon visage et dans ma tête, les paroles de l'homme résonnaient.
Courage, ça va aller, courage.
Je ne me souviens pas d'avoir demandé de l'aide à Dieu.
J'avais demandé un signe dans les jours précédents.
ll m'a semblé que ce pouvait être ces mots prononcés à mon intention par un inconnu qui semblait lire en moi comme dans un livre ouvert.
J'ai marché longtemps, avec cette même rage tenace.
Au bout du long, long boulevard, elle avait cédé.
J'avais passé du temps à remercier et à me laisser faire.
C'est tellement rare que j'accepte de recevoir.
Je n'avais pas vraiment le choix.
Enfin, si, je l'avais sûrement mais là, pas moyen de refuser le remède fait pour moi à l'instant T.
Comment cet homme a-t-il pu prononcer les mots qu'il fallait ?
J'aurais pu avoir la tête de travers parce que j'étais de mauvaise humeur, parce que ceci ou parce que cela.
Si l'envie de hurler de douleur n'avait pas été si forte, j'aurais eu honte d'être mise à nu de la sorte.
Alors, signe ou pas signe ?
On ne peut pas jamais jurer de rien seulement mais ce dont je ne peux pas douter, c'est de l'avoir reçu comme tel, c'est l'effet produit.
Une énième coïncidence de genre à ranger à côté des autres.
Avec une pareille collection, il y a de moins en moins de place pour le doute.
La raison s'affole mais il y a ce quelque chose au fond de moi qui exulte.

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