09 août 2019

EDITH STEIN : LE DON DU CONSEIL

Edith Stein. Le don du conseil. « Plus on est attiré profondément en Dieu et plus il faut aussi, en ce sens, “sortir de soi” »

Lettre du 12 février 1928 à Sœur Callista Kopf. Édith Stein. Correspondance 1. 1917-1933 , Cerf-Éditions du Carmel-Ad Solem, 770 p., 49 € (second volume à paraître en septembre).

Sainte Madeleine,

12 février 1928,

dimanche de la Sexagésime

 

Chère Sœur Callista,

J'aurais aimé répondre immédiatement à votre gentil mot pour la Chandeleur mais cela ne m'a pas été possible. Et comme je ne sais pas si je ne serai pas interrompue bientôt, je voudrais aller aussitôt in medias res (i.e. : en venir au cœur du sujet) et répondre à vos questions les plus importantes. Naturellement, la religion n'est pas à vivre dans un petit coin tranquille, durant quelques heures, pour les grandes fêtes, mais elle doit, comme vous le ressentez vous-même, être racine et fondement de toute la vie, et ce pas seulement pour quelques élus, mais pour tout chrétien véritable (assurément, il n'y en a toujours qu'un « petit troupeau »). C'est au contact de saint Thomas (d'Aquin) que j'ai vraiment compris pour la première fois qu'il est possible de pratiquer la science comme un service de Dieu (…). Et ce n'est qu'à partir de ce moment-là que j'ai pu me décider à reprendre sérieusement un travail scientifique. À l'époque qui précéda immédiatement ma conversion, et durant toute une période ensuite, j'ai pensé que vivre la religion signifiait faire abstraction de tout ce qui est terrestre pour ne vivre qu'en pensant aux choses de Dieu. Mais j'ai progressivement compris qu'il nous est demandé autre chose en ce monde et que, même dans la vie la plus contemplative, on n'a pas le droit de couper la relation avec le monde ; je crois même que, plus on est attiré profondément en Dieu et plus il faut aussi, en ce sens, « sortir de soi », c'est-à-dire aller vers le monde pour y porter la vie divine.

Il importe simplement d'avoir dans les faits un coin tranquille où l'on puisse converser avec Dieu comme si absolument rien d'autre n'existait, et cela chaque jour : les heures matinales me semblent convenir pour cela, avant que le travail ne commence ; d'autant que l'on reçoit là sa mission particulière, au mieux aussi jour après jour, et que l'on ne choisit rien de soi-même, enfin, que l'on se considère purement et simplement comme un instrument, et spécialement les facultés avec lesquelles on doit particulièrement travailler, à savoir dans notre cas, l'entendement que nous considérons non pas comme ce que nous manions, mais ce que Dieu manie en nous.

Vous avez là ma méthode et je suppose que vous aurez de Sœur Dolorosa une méthode fort peu différente ; je ne lui ai pas encore parlé à ce sujet. Ma vie commence, neuve, chaque matin et s'achève chaque soir ; nous ne devons pas faire de plans et de projets au-delà ; c'est-à-dire que cela peut naturellement faire partie de notre travail quotidien de prévoir – un enseignement, par exemple, serait sinon impossible – mais cela ne doit jamais devenir « un souci » pour le jour suivant. Vous comprendrez ainsi que je ne peux accepter que vous disiez que je suis « devenue quelqu'un ». Il semble que la sphère de ma tâche journalière se soit étendue. Mais cela ne change rien à ce que je suis, selon moi. On me l'a demandé et j'ai donc accepté la tâche, bien que je ne voie pas encore clairement les moyens concrets. Le 15, je penserai à vous. J'aimerais que vous fassiez lire cette lettre à Sœur Agnella parce que je ne peux lui en écrire une. Mais seulement si cela ne vous gêne pas. Sinon, transmettez simplement aux deux sœurs mes amitiés et mon souhait de les revoir (…).

Avec toutes mes amitiés,

votre E. St.


05 janvier 2019

EDITH STEIN - « Dieu est la vérité. Qui cherche la vérité, cherche Dieu, qu’il en soit conscient ou non. »

Sainte Edith Stein et la recherche de la Vérité : Sœur Edith

11 octobre 1998 : le Pape Jean Paul II, en canonisant Edith Stein , déclare : « Pendant longtemps, elle vécut l’expérience de la recherche. Son esprit ne se lassa pas de chercher et son cœur d’espérer. Elle parcourut le chemin difficile de la philosophie avec une ardeur passionnée et à la fin elle fut récompensée : elle conquit la vérité, ou plutôt elle en fut conquise. » Essayons donc, tout simplement, de retracer les grandes étapes de cette longue conquête.... Imaginons tout d'abord une petite fille aux grands yeux noirs, qui naît et grandit en Allemagne, à la fin du XIX siècle, dans une famille juive. Dernière de 7 enfants, Edith n'a pas 3 ans lorsque son père meurt brusquement. A 5 ans elle refuse « mordicus » d'aller au jardin d'enfants (sorte de maternelle pour les petits allemands) et demande comme unique cadeau d'anniversaire (pour ses 6 ans) qu'on lui offre enfin la possibilité d'aller à la grande école !! Faut-il y voir la réaction d'une petite fille particulièrement capricieuse ? ou vexée de ne pouvoir suivre « les grands ? » Non, ce qui se dessine déjà chez cette enfant, c'est une soif ardente de connaître, de comprendre... Aussi devient-elle très vite une excellente élève, mais dénuée d'ambition. Elle déteste la distribution des prix, et elle dira avoir compris très tôt qu'il était « plus important d'être bon que d'être intelligent. » Ce qui la motivait : donner une nourriture à son esprit bouillonnant !
A 14 ans, coup de théâtre ! Elle demande à arrêter l'école. Pourquoi ? Parce que l'école ne répond pas aux questions qu'elle se pose sur le sens profond de la vie.. .Elle part donc aider sa sœur aînée, mariée et mère de famille, pendant 8 mois... A la même époque, elle cesse de prier et déclare qu'elle n'a plus la Foi. Il fallait qu'elle découvre Dieu par elle-même, elle ne pouvait pas accepter de croire par habitude, par tradition familiale. Comme elle n'a pas réellement rencontré Dieu, elle ne veut pas faire semblant... Mais elle garde intact l'idéal moral inculqué par sa maman, et ne perdra jamais sa grande droiture.
De retour au lycée un an plus tard, elle passe son bac puis commence des études : Histoire, Allemand et surtout Philosophie. Elle choisit d'aller étudier près du philosophe Husserl, auteur d'une nouvelle méthode philosophique, la phénoménologie, qui séduit Edith par son objectivité puisqu'elle consiste à rechercher la vérité de l'être, à travers les manifestations de l'être appelés les phénomènes, au delà de toute idée préconçue.... Elle se lance donc avec passion dans la recherche philosophique,devient l'assistante d'Husserl et prépare activement son doctorat... A travers tout cela, c'est vraiment la recherche de la Vérité qui l'anime : « la soif de vérité était mon unique prière » dira-t-elle plus tard...
Au milieu de cette quête ardente, elle traverse des moments très éprouvants, car malgré tous ses efforts, toutes ses études et réflexions, elle réalise qu'il y a des choses qui lui échappent, qu'elle n'arrive pas à comprendre, et elle fait ainsi l'expérience des limites de son intelligence humaine... Force lui est de constater que la seule raison ne peut tout expliquer, et que seule une lumière venue d'ailleurs permet d'accéder à la pleine vérité... Mais cette lumière ne l'a pas encore touchée et il lui arrive même parfois, en plein désarroi, de souhaiter une mort accidentelle, tellement son cœur et son esprit sont douloureusement insatisfaits et tourmentés... Dieu va alors agir par petites touches pour la conduire jusqu'à lui, à travers différentes rencontres : celle d'une simple femme dans la cathédrale de Francfort, qui laisse pressentir à Edith quelque chose de la Présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie à la manière dont elle prie devant le tabernacle au retour du marché, celle surtout de son amie Anna Reinach, qui lui donne une bouleversante leçon d'espérance chrétienne à la mort de son mari, fauché par la guerre en 1917. Edith dira : « Ce fut ma première rencontre avec la Croix, avec cette force divine qu’elle confère à ceux qui la portent. Pour la 1ère fois l’Eglise, née de la Passion du Christ et victorieuse de la mort m’apparut visiblement. Au moment même, mon incrédulité céda ; le judaïsme pâlit à mes yeux tandis que la lumière du Christ se levait en mon cœur. La lumière du Christ saisie dans le mystère de la Croix. »
Il faudra attendre encore un peu pour l'illumination finale et pour que la raison humaine se laisse totalement vaincre... Durant l'été 1921, la Providence met dans les mains d'Edith la vie de Sainte Thérèse d'Avila. Elle la lit d'une traite, toute la nuit. Lorsqu'elle referme le livre, le jour se lève et elle s'écrie : « Là est la vérité ! » A travers l'expérience intérieure de Ste Thérèse, celle d'une vraie vie en Dieu, elle comprend que la vérité qu'elle a tant cherchée, c'est Quelqu'un, une Personne, et que cette Personne est Amour. Dès lors, sans hésitation aucune, elle se donne totalement à Jésus, recevant le saint baptême le 1er janvier 1922, et désirant entrer au Carmel... désir qu'elle ne pourra réaliser qu'en 1933. En attendant, elle va mettre à profit ces années de vie « dans le monde » pour rendre témoignage à cette Vérité découverte en la personne de Jésus, à travers la recherche philosophique (elle traduit et
commente alors St Thomas), les conférences, l'enseignement...bref, tout ce qui lui permet de donner sa « petite et
simple vérité : comment l’on peut commencer à vivre en tenant la main du Seigneur ».
Pour lui, le moment enfin venu, elle renonce à tout, aussi bien à ses succès intellectuels qu'à l'affection des siens puisque sa famille, et surtout sa vieille maman, juive fidèle, est terriblement blessée par sa conversion et son départ au Carmel... Mais il n'y a pas en elle de demi-mesure : si Jésus est la Vérité qu'elle a si longtemps cherchée, elle ne peut plus vivre que pour lui et consumer sa vie dans le silence et la prière pour obtenir à d'autres les mêmes grâces de lumière. Elle pense notamment à son peuple juif, et dans l'ardent désir que lui aussi reconnaisse dans le Christ « le chemin, la vérité et la vie, » elle demandera à sa prieure de « s'offrir en holocauste au Cœur de Jésus, » souhaitant que sa vie et sa mort permettent à Jésus d'être accueilli par les siens (cf Jean 1,11).
Nous savons que Dieu a agréé son offrande puisque le 9 août 1942 celle qui était devenue au Carmel sœur Thérèse Bénédicte de la Croix mourait dans le camp d'Auschwitz, partageant la douleur de son peuple humilié mais en l'unissant à la Croix de Jésus, plus forte que les ténèbres de l'erreur, du mensonge et de la haine.
Toute la vie d'Edith Stein est une illustration de ce qu'elle écrivit un jour : « celui qui cherche la vérité cherche Dieu, qu’il en soit conscient ou non ». C'est pourquoi, n'ayons pas peur d'encourager nos contemporains, même s'ils semblent allergiques à la Foi, à chercher passionnément la Vérité, sans cesse, sans se lasser... Et confions-les à Sainte Edith, confions-nous tous à elle, en repensant à ce que disait Jean-Paul II le jour de sa canonisation :
« Que la nouvelle sainte soit pour vous un exemple de vie spirituelle et intellectuelle. Qu'elle vous aide à chercher Dieu en vous et à vous chercher en Dieu, pour trouver celui qui est la vérité et la source du bonheur éternel ! »

Source

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Bibliographie

Philosophe, carmélite et martyre

Choix de textes d'Edith Stein (Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix)

09 août 2018

EDITH STEIN : "MA PREMIÈRE HEURE DU MATIN APPARTIENT AU SEIGNEUR"

Connaissez-vous la "méthode" Edith Stein ?

Edith Stein, juive convertie qui devint soeur Thérèse Bénédicte de la Croix, avant de mourir dans les chambres à gaz et d'être canonisée par Jean-Paul II (nous la fêtons aujourd'hui) proposait une méthode pour préserver le silence intérieur dans sa journée . Elle connaissait l’angoisse de ne pas arriver à caser toutes ses activités en vingt-quatre heures. «Ma première heure du matin appartient au Seigneur.» On se confie à lui, avec toutes ses occupations et ses peines. «Ensuite, je peux lui demander : qu’attends-tu de moi, Seigneur ?» Après un dialogue intérieur, ce qui se présente à nous est à accomplir. Au cours de la journée, au milieu des activités, elle suggérait plusieurs pauses pour se recentrer sur Dieu et «faire entrer le silence le temps d’un clin d’œoeil».

SOURCE

16 mars 2013

EDITH STEIN

Edith Stein

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