30 août 2018

LA TRISTESSE DU CHRIST

En dernier lieu, comme rien n'’a échappé à sa prescience éternelle, il a prévu la variété dans l’Église, son corps mystique, la variété, dis-je, des tempéraments chez ses membres. Et bien que, pour supporter le martyre, la nature ne puisse rien sans la grâce, puisque selon la parole de l’'Apôtre," personne ne peut dire : Jésus est Seigneur, sinon dans l’'Esprit," Dieu n'’accorde cependant pas sa grâce aux hommes pour supprimer momentanément les fonctions et les obligations de la nature, mais ou bien il donne à la nature de se mettre au service de la grâce initiale –et la bonne action se produira avec d’'autant plus d'’aisance  ou bien, au cas où la nature serait portée à résister, vaincue cependant et domptée par la grâce, son mérite dans l’'action sera d’'autant plus recommandable que l’'action était plus difficile. Aussi, prévoyant qu'’ils seraient nombreux ceux qui, ayant un corps plus délicat, connaîtraient une terreur extrême devant tout risque de tourment, afin que leur esprit ne s'’effondre pas en comparant leur âme timorée avec l’'audace des martyrs les plus vaillants, et que, dans la crainte d’'être vaincus par la force, ils ne se livrent pas spontanément, le Christ a voulu relever leur esprit par l’'exemple de sa souffrance, de sa tristesse, de son dégoût et de sa peur sans égale. Et, à qui connaîtrait ces faiblesses, il a voulu dire comme par la voix très parlant des faits : " Reprends courage, ô pusillanime", ne perds pas espoir. Tu es rempli de crainte et de tristesse, tu es ébranlé par le dégoût et la peur devant le supplice que l’'on te prépare cruellement." Aie confiance. J'’ai vaincu le monde  "moi qui plus que toi craignis outre mesure, qui éprouvé plus de tristesse, qui fus davantage en proie au dégoût et à l’'horreur dans la perspective de la si atroce passion qui approchait. Laissons au brave ses mille martyrs au grand cœoeur : qu'’il se réjouisse de les imiter. Quant à toi, mon agnelet, tout timide et chancelant, sois heureux de m'’avoir pour unique berger et suis-moi, je suis ton guide. Tu te défies de toi : mets en moi ton espoir. Vois, je te précède sur ce chemin si effroyable. Saisis la frange de mon vêtement. Tu sentiras qu"’il en émane une force de salut capable d'’arrêter le flux de sang qui s'’écoule de ton esprit en vaines craintes ; elle rendra ton esprit plus allègre, car tu te souviendras que tu mets tes pas dans les miens à moi, qui suis fidèle, et ne souffrirai pas que tu sois tenté au-delà de te ce que tu peux porter, mais avec la tentation je te donnerai de pouvoir tenir bon, sans compter que "cette petite difficulté passagère produira en toi un immense poids de gloire." "Les souffrances du temps présent sont, en effet, sans commune mesure avec la gloire future qui se révélera en toi." Rumine ces pensées, et reprends courage. Quant à ces vains fantômes des ténèbres, effroi, tristesse, peur et dégoût, disperse-les par le signe de ma croix. Va de l’'avant d'’un pas assuré, traverse toutes les adversités, fidèle et confiant que si je combats pour toi tu seras victorieux, et, si c’est moi qui te récompense, tu seras couronné des lauriers de la victoire. Ainsi donc, parmi les autres raisons pour lesquelles notre Sauveur a daigné revêtir les dispositions de la faiblesse humaine, celle dont je viens de parler était unique et non sans intérêt, à savoir que, devenu faible avec les faibles, il pourrait guérir les autres faibles par sa propre faiblesse. Leur bien lui tenait tellement à cœoeur que tout le déroulement de son agonie n'’avait, semble-t-il, d’'autre but plus manifeste que d’'offrir au soldat craintif qu'’il faut entraîner au martyre une technique pour le combat et une ligne de conduite pour la mêlée. Car pour enseigner à l'’homme assailli par la crainte d’'un danger imminent qu'’il doit demander aux autres de veiller et de prier, tout en plaçant, de son côté, sa confiance en Dieu seul ; pour signifier en même temps qu'’il "foulerait seul, sans compagnon, l’'austère pressoir de la croix," ordonnant à ces mêmes trois apôtres qu'’il avait emmenés avec lui, à l’'écart des huit autres, presque jusqu'’au pied du Mont, de s'’arrêter là, de tenir bon et de veiller avec lui, lui-même s'’écarte d’'eux "à la distance d'’un jet de pierre."

S. Thomas More, La tristesse du Christ, Éd. Pierre Téqui, 1990, p. 39-41

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03 août 2013

Tristesse

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