21 février 2015

MARIE NOËL

Un peu de prose et de poésie dans " La foi prise au mot ", ce n'est pas tous les jours. Cette semaine, Régis Burnet propose de découvrir l'oeuvre et la figure de l'écrivain et poétesse Marie Noël. Un nom connu de certains mais pas forcément d'un public très large. Pourtant, cette femme est une grande dame de la littérature dont l'essence chrétienne de l'oeuvre est évidente. Si vous ne la connaissez pas, ne vous attendez pas à de la poésie tendre ou mièvre : plus qu'une autre, Marie Noël a su mettre en mot les orages du monde et les chagrins d'une âme désespérée. Et si vous la connaissez, vous serez certainement heureux de la retrouver à travers les deux invités de cette émission, deux passionnées de Marie Noël : Marie-Noëlle Hôpital, Docteur en Lettres modernes, elle-même poète à ses heures, et Chrystelle Claude, chercheuse en Lettres modernes.

Cortège pour l'enfant mort

L'enfant frêle qui m'était né,

Tantôt nous l'avons promené

L'avons sorti de la maison

Au gai soleil de la saison ;

 

L'avons conduit en mai nouveau,

Le long des champs joyeux et beaux ;

 

Au bourg avec tous nos amis,

L'avons porté tout endormi...

 

Mais en vain le long du chemin

Ont sonné les cloches, en vain,

 

Tant il était ensommeillé,

Tant qu'il ne s'est pas réveillé,

 

Au milieu des gens amassés,

Quand sur la place il a passé.

 

D'autre que moi, cet aujourd'hui,

A l'église ont pris soin de lui.

 

C'est le bedeau qui l'a borde

Dans son drap blanc d'argent brodé.

 

C'est le curé qui l'a chanté

Avec ses chantres à côté

 

C'est le dernier qui l'a touché,

Le fossoyeur qui l'a couché

 

Dans un berceau très creux, très bas,

Pour que le vent n'y souffle pas

 

Et a jeté la terre sur lui

Pour le couvrir pendant la nuit

 

Pour lui ce que chacun pouvait,

Tant qu'il a pu, chacun l'a fait

 

Pour le bercer, le bénir bien

Et le cacher au mal qui vient.

 

Chacun l'a fait... Et maintenant

Chacun le laisse au mal venant

 

Allez-vous en ! Allez-vous en !

L'heure sombre arrive à présent.

 

Le soir tombe, allez ! Partez tous !

Vos petis ont besoin de vous.

 

Rentrez chez vous et grand merci !

...Mais il faut que je reste ici.

 

Avec le mien j'attends le soir,

J'attends le froid, j'attends le noir

 

.Car j'ai peur que ce lit profond

Ne soit pas sûr, ne soit pas bon.

 

J'attends dans l'ombre, j'attends

Pour savoir.... s'il pleure dedans....

***

Marie Noël