07 août 2015

SENTENCES PRATIQUES DE SPIRITUALITÉ - LUDOVIC DE BESSE

Sentences pratiques de spiritualité
Ludovic de Besse (1831-1910)

 

1. - Cessez d'aller à Dieu avec votre tête pour y aller avec votre cœur. Vous avez passé votre vie à penser, au lieu de la passer à aimer.

2. - Les abeilles ne s'arrêtent pas aux fleurs pour les fleurs, mais pour le suc qu'elles y trouvent. Ainsi vous ne devez pas vous arrêter aux pensées pour les pensées, mais seulement à celles où vous pouvez puiser, recueillir l'amour de Dieu.

3. - L'esprit est un domestique qui a pour mission de nous introduire auprès de Dieu et d'allumer le feu de l'amour divin ; il faut s'en servir pour cela ; mais, lorsqu'il a rempli son office, il faut le laisser de côté.

4. - La perfection n'est pas dans la tête, elle est dans le cœur et dans la volonté ; laissez donc toutes les pensées imaginables s'agiter dans votre esprit et y faire du tapage, ne vous en occupez pas, n'y faites pas attention : c'est un fou qui vous parle, gardez-vous de lui répondre, de chercher à lui imposer silence, laissez-le faire, passez votre chemin. Allez-vous vous mettre à la fenêtre, sur la rue, pour dire aux passants qu'ils font trop de bruit et qu'ils vous fatiguent ? Quel temps perdu ! Après les premiers, il en vient d'autres et toujours d'autres qui n'ont pas entendu ce que vous avez dit. Vous n'aurez jamais la paix, la dilatation du cœur, si vous vous occupez de ce qui se passe dans votre esprit, si vous y arrêtez votre volonté ; n'y pensez pas et dilatez votre cœur dans l'amour de Dieu.
Tout ce qui se passe dans votre esprit, dans vos impressions, dans vos nerfs, ne vous empêche pas de faire des actes d'amour, de reconnaissance, d'abandon. J'en dirai autant de vos ennuis, de vos dégoûts dans les choses de Dieu. Au milieu de tout cela, faites des actes d'amour ; il faut passer au milieu de tout cela, pour arriver à l'amour réel de Dieu, qui n'est pas un amour sensible, mais qui réside dans la volonté.

5. - Ne vous confessez jamais d'aucune pensée, d'aucune impression, quelle qu'elle soit, à moins qu'elle ne vous ait fait dire quelque parole ou faire quelque action défendue par la loi de Dieu ; autrement, c'est absolument comme si vous vous accusiez d'avoir eu chaud ou d'avoir eu froid.

6. - Il faut regretter et combattre moins les fautes accidentelles, que les fautes d'habitude, parce que ce sont celles qui vous lient, vous attachent, vous enchaînent, vous entravent, en un mot vous font perdre la liberté du cœur. Et quand on est captif, qu'importe que ce soit une chaîne ou un fil qui nous retienne : le cœur a perdu sa liberté d'aller à Dieu.

7. - Il ne faut pas rester en face de vous-même et de vos fautes, ce qui ne serait bon qu'à vous plonger dans l'abattement, il faut joindre au sentiment d'humiliation et de confusion celui de la confiance en la miséricorde de Dieu et d'un grand amour pour lui, car c'est la charité, c'est l'amour qui couvre la multitude des péchés.
Ne vous épouvantez pas de toutes les choses mauvaises qui s'élèvent, qui se formulent en vous ; n'y faites pas même attention; c'est le taquet du moulin, comme sainte Thérèse appelle l'imagination, et cela n'empêche pas de faire votre farine, c'est-à-dire d'aimer Dieu : Continuez à l'aimer, à l'adorer, à le servir, et vous lui serez plus agréable que si vous aviez toutes les douceurs et toutes les consolations.

8. - Dans les sécheresses, les aridités, les obscurités, il n'y a rien à faire qu'à en prendre son parti ; la volonté n'y peut rien ; il est inutile qu'elle s'épuise en efforts qui seraient vains ; c'est vouloir rouler le rocher de Sisyphe. Il faut unir sa volonté à la volonté de Dieu, dans le calme et dans la paix, pour rester là aussi longtemps qu'il lui plaira. Et cet état n'est pas une punition, c'est une grâce, c'est un moyen de donner à Dieu. Ne soyons pas de ceux qui ont si peu de générosité, qu'ils veulent être payés, sur le champ, de tout ce qu'ils font pour Dieu. Au contraire estimons-nous heureux qu'il accepte que nous le servions gratuitement. Lorsque nous aurons peiné, que nous serons lassés, ennuyés à son service, sans qu'il nous ait favorisés seulement d'un regard, au moins, nous pourrons dire que nous lui avons donné quelque chose, que nous avons travaillé pour lui.

9. - … Au lieu de vous regarder pour chercher votre perfection personnelle, regardez Dieu, aimez-le, occupez vous de lui et ne vous occupez pas de vous-même. Ne vous examinez pas. Ne vous épluchez pas, oubliez-vous ! C'est le remède à toutes vos maladies spirituelles... Vous n'avez qu'une chose à faire, c'est bien simple : aimer Dieu, voilà tout.

10. - Il faut arriver à ce que la vie du cœur remplace la vie de l'esprit, qu'elle vous envahisse et qu'elle devienne tellement débordante que celle de l'esprit n'ait plus de place. Aimez Dieu, directement, aimez-le par l'intermédiaire du prochain, ne voyant dans le prochain que l'occasion de lui faire du bien, de l'aimer.

11. - Cessez de penser à vous-même, cessez de vous examiner, cessez de vous occuper de vous-même, oubliez-vous vous-même et vous vous porterez bien. En vous regardant vous-même, vous ne trouverez que la tristesse l'ennui, l'effroi ; en regardant Notre-Seigneur, vous trouverez la joie, la confiance, la dilatation...

12. - Le moyen de se corriger des choses extérieures, c'est de les regarder, de les examiner, de les confesser ; mais le moyen de se corriger des choses intérieures, ce n'est pas de les examiner, ni de s'en confesser, c'est de les oublier et de s'occuper de Notre-Seigneur.

13. – Persuadez-vous bien que vous ne vous corrigerez jamais de vos défauts, en les combattant directement autrement dit en les regardant de face, en vous regardant vous-même ; mais bien plutôt indirectement, c'est-à-dire en les oubliant, pour vous occuper de Notre-Seigneur, vous exciter à l'amour et à la confiance.

14. - Lisez l'Evangile et vous y verrez ce que Notre-Seigneur dit à ses apôtres : «Pourquoi ce trouble et pourquoi vous arrêter à ces pensées qui agitent vos cœurs ? Ne vous troublez pas, ne craignez rien ; c'est moi, n'ayez pas peur. Je vous donne ma paix. Ma paix soit avec vous.»

Notes adressées à une dame du monde : « personne pieuse vivant au milieu des soucis de la famille » en 1896. Citées par le R. P. Hilaire de Barenton, p. 292-297, dans Le P. Ludovic de Besse, Librairie Saint François, Paris, 1913.
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