30 mai 2019

DEUXIÈME SERMON POUR LE JOUR DE L'ASCENSION - SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX

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Ascension du Seigneur Source

Comment le Seigneur monte au ciel afin d'accomplir toutes choses

1. La solennité de ce jour, mes frères, est glorieuse en même temps que joyeuse, si vous me permettez de le dire; en ce jour, en effet, le Christ reçut une gloire unique, et nous, nous trouvons un sujet tout particulier de joie. Elle est la clôture, la terminaison de toutes les autres fêtes chrétiennes et l'heureux terme du pèlerinage du Fils de Dieu ici-bas. En effet, c'est le même qui descendait sur la terre, qui remonte aujourd'hui au plus haut des cieux, afin d'accomplir toutes choses (Eph. IV, 10). Après avoir montré qu'il est le maître de tout ce qui est sur la terre, au fond de la nier et dans les enfers, il ne lui restait plus qu'à montrer de même, ou plutôt, par des preuves plus convaincantes encore , qu'il est le maître des airs. La terre, en effet, avait reconnu son Sauveur, lorsqu'à ce cri puissant, tombé de ses lèvres: « Lazare, sortez dehors (Joann. XI, 44), » elle rejeta un mort de son sein. La mer le reconnut aussi, lorsqu'elle se fit solide sous ses pas le jour où ses disciples le prenaient pour un fantôme (Matt. XIV, 25). Enfin, les enfers le reconnurent pour leur maître et Seigneur, le jour où il rompit leurs portes de fer (Psal. CVI, 16), et brisa leurs gonds d'airain, le jour, dis-je, où il garrotta l'homicide dont la rage est insatiable, le diable, dis-je, Satan (Apoc. XII, 9 et XX, 2.) Oui,. celui qui ressuscita les morts, guérit les lépreux, rendit la vue aux aveugles, fit marcher droit les boiteux, et, d'un souffle, mit en fuite tout le cortége de nos infirmités, s'est montré le maître de toutes choses, en restaurant toutes celles qui s'étaient détériorées, de la même main qui les avait créées. De même, il a bien prouvé qu'il était le Seigneur de la mer et de tout ce qui se meut dans son sein, quand il prédit à son disciple qu'il trouverait une pièce d'argent dans le ventre du poisson qu'il allait prendre (Matt. XVII, 26). Enfin, quand il a traîné à sa suite les puissances de l'air et les a attachées à sa croix, il a fait voir qu'il avait plein pouvoir sur les puissances infernales. Il a passé, en effet, en faisant le bien, et en délivrant les possédés du démon, ce Jésus qui, dans un lieu champêtre, instruisait la foule qui le suivait et devant son juge, se tenait debout pour recevoir un soufflet, et qui, pendant tout le temps qu'il passa sur la terre, vécut parmi des hommes, toujours debout malgré d'innombrables fatigues, et opérait notre salut au milieu de la terre.

2. Et maintenant, Seigneur Jésus, pour mettre la dernière main à votre tunique sans couture, pour donner à l'édifice de notre foi son couronnement, li ne reste plus qu'à vous montrer le maître des airs à vos disciples, en vous élevant, à leurs yeux, dans le ciel. Alors, il sera évident pour eux que vous êtes le Seigneur de toutes choses, puisque, vous aurez accompli tout en toutes choses, et c'est alors que tout genou devra fléchir à votre seul nom dans les cieux, sur la terre et dans les enfers, et toute langue proclamer que vous êtes dans la gloire assis à la droite du Père (Philipp. II. 40). A cette droite, se trouvent des délices sans fin; aussi quand l'Apôtre nous exhorte à rechercher les choses qui sont dans le ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu (Coloss. III, 1), c'est parce que c'est là qu'est Jésus-Christ, notre trésor, celui en qui sont. cachés tous les trésors de la sagesse et de la science, parce que c'est en lui que la plénitude de la divinité habite corporellement (Coloss. II, 3).

3. Mais, je vous le demande, mes frères, de quelle douleur et de quelle crainte le cœur des apôtres ne fut-il tout à coup inondé quand ils virent le Seigneur Jésus se séparer d'eux et s'élever dans les airs, non pas à l'aide d'échelle ou de tables, mais au milieu d'une troupe d'anges qui lui faisaient cortège ? Il ne s'appuyait point sur eux, mais il allait vers les cieux dans toute la plénitude de sa puissance. C'est alors que s'accomplirent ces paroles : « Vous ne pouvez me suivre là où j'irai (Joan. VII, 34). » En quelque lieu du monde qu'il fût allé, ils l'auraient tous suivi, ils se seraient même jetés à la mer, comme Pierres le fit un jour (Matt. XIV, 29), eût-il fallu y périr avec lui; mais ils ne pouvaient le suivre dans cette voie, parce que « le corps qui se corrompt appesantit l'âme, cette demeure terrestre abat l'esprit par la multiplicité des soins dont elle l'occupe sans cesse (Sap. IX, 15).» La douleur de ces enfants de l'Epoux, en voyant celui pour qui ils avaient tout laissé soustrait à leurs sens, enlevé à leurs regards, leur crainte en se trouvant orphelins au milieu des Juifs, avant d'avoir été confirmés par la vertu d'en haut, étaient donc beaucoup trop grandes pour qu'ils ne laissassent point couler des larmes au départ du Sauveur. Pour lui, en s'élevant dans les airs il les bénissait; les entrailles de sa miséricorde infinie étaient sans doute émues au moment où il se séparait de ses disciples attristés, et quittait la pauvre petite troupe des siens; il ne l'aurait point fait, si ce n'eût été pour aller leur préparer une place, et parce qu'il leur était avantageux qu'il les privât de sa présence sensible. Quel heureux, quel beau cortège que celui auquel les apôtres n'étaient point encore dignes de se joindre, alors que leur Maître remonte vers son Père, suivi de la troupe triomphale des vertus célestes et des âmes des saints, et va s'asseoir à la droite de son Père ! C'est bien en ce moment qu'il a tout accompli; car, après être venu au monde parmi les enfants des hommes, après avoir passé toute sa vie avec eux, enfin, après avoir souffert la passion et la mort pour eux, il ressuscite, il monte dans les cieux et va s'asseoir à la droite de Dieu. Je reconnais là cette tunique d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas, elle se termine,au séjour des cieux, là où Notre-Seigneur Jésus-Christ consomme toutes choses et se trouve lui-même consommé dans la gloire.

4. Mais quelle part y a-t-il pour moi dans ces solennités? Qui est-ce qui me consolera, ô bon Jésus, moi qui ne vous ai vu ni attaché à la croix, ni couvert. de plaies livides, ni dans la pâleur de la mort ? moi qui n'ai pas compati au crucifié, qui ne suis point allé visiter son sépulcre, afin de faire couler au moins le baume de mes larmes sur ses plaies ? Comment m'avez-vous pu quitter sans me donner un dernier salut, alors que dans tout l'éclat de votre parure de fête vous avez été accueilli par le cour céleste tout entière, ô Roi de gloire ? Oui, mon âme aurait repoussé tonte espèce de consolations si les anges n'étaient,venus à moi avec des paroles de jubilation sur les lèvres pour me dire : « Hommes de Galilée, pourquoi demeurez-vous ainsi immobiles les yeux attachés au ciel? Ce Jésus qui, en se séparant de vous, s'est élevé dans les cieux, en reviendra un jour de la même manière que vous l'y avez vu monter (Act. I, 11). » Il reviendra, disent-ils, de la même manière. Viendra-t-il donc nous chercher dans ce cortège unique et universel, ou descendra-t-il précédé de tous les anges et suivi de tous les hommes pour juger les vivants et les morts? Il est bien certain qu'il reviendra sur la terre, mais il y reviendra de la même manière qu'il s'en éloigne aujourd'hui, non pas comme il y descendit 1a première fois. En effet, lorsqu'il vint pour sauver nos âmes, il se fit humble; mais quand il reviendra pour tirer ce cadavre de son sommeil de mort, pour le rendre semblable à son corps glorieux, et remplir d'une gloire abondante ce vase si faible aujourd'hui, il se montrera dans toute sa splendeur. Aussi, reverrons-nous alors avec une grande puissance et une grande majesté celui qui la première fois s'était caché sous les infirmités de notre chair. Non content de diriger mes regards vers lui, je pourrai le contempler, mais non point encore de près, et cette seconde apparition, pleine de gloire et d'éclat, dépassera manifestement l'éclat et la gloire de sa première glorification.

5. Mais en attendant celui qui est les prémices des hommes, le Christ, s'est offert en sacrifice, il est monté à la droite de son Père, et il se tient maintenant devant sa face pour nous. Il est assis là (Psal. CII, 8), sa main droite pleine de miséricorde et sa gauche de justice ; miséricorde et justice en lui sont infinies, dans sa main droite est l'eau, et dans la gauche est le feu.,Quant à sa miséricorde il l'a rendue égale à la .distance qui sépare la terre des cieux, pour ceux qui le craignent; le trésor de ses miséricordes remplit pour eux l'intervalle de la terre aux cieux. Les desseins du Seigneur sont immuables sur eux, et sa miséricorde, à leur égard, va d'un bout de l'éternité à l'autre, du bout de leur éternelle prédestination, au bout de l'éternelle rémunération. Mais il en est de même pour les réprouvés; il se montre terrible pour les enfants des hommes, en sorte que, dans les deux sens, sa sentence est à jamais fixée aussi bien pour ceux qui sont sauvés que pour ceux qui sont, perdus. Qui me dira si tous ceux que je vois en ce moment devant moi ont leurs noues écrits dans les cieux, consignés dans le livre de la prédestination ? Il me semble bien que je vois quelques marques de vocation et de justification dans votre vie toute d'humilité; aussi de quels torrents de joie mes os même seraient inondés, s'il m'était donné d'avoir sur votre salut une entière certitude; mais il n'est point donné à l'homme de savoir s'il est digne d'amour ou de haine (Eccl. IX, 1).

6. Persévérez donc, mes très-chers frères, persévérez dans la règle que vous avez embrassée, afin de monter par l'humilité à la sublimité, car l'une est la voie qui conduit à l’autre, et il p'en est pas de plus sûre que l'humilité pour arriver à la sublimité. Quiconque y tend par un autre chemin tombe plus qu'il ne monte, car il n'y a que l'humilité qui nous élève, il n'y a qu'elle qui nous puisse conduire à la vie. Et Jésus-Christ lui-même qui, étant Dieu, ne pouvait, à cause de sa divinité, ni croître ni monter, puisqu'il n'y a rien au-dessus de Dieu, a trouvé un moyen de croître en descendant, en venant s'incarner, souffrir et mourir pour nous arracher à la mort éternelle; aussi Dieu son Père, l'a-t-il exalté quand il est ressuscité, quand. il s'est élevé dans les cieux et qu'il est allé s'asseoir à la droite de Dieu. Allez, mon frère, et faites de même; vous ne sauriez monter si vous ne commenciez par descendre, car tel est l’arrêt, la loi éternelle : « Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé (Luc. XIV, 11, et XVIII, 4). » O perversité! ô abus des enfants d'Adam ! Quand il est si difficile de monter et si facile de descendre, ils montent à Dieu d'un pied leste et dégagé, et ne descendent qu'avec infiniment de peine, et sont toujours prêts aux honneurs, toujours disposés à s'élever aux dignités ecclésiastiques, dont les anges eux-mêmes trembleraient d'accepter le fardeau. Mais dans la voie que vous avez tracée, c'est à peine si l'on trouve, b Seigneur Jésus, quelques âmes qui vous suivent, ou plutôt, qui se traînent après vous et consentent à se laisser conduire dans les sentiers de vos commandements. Les uns sont comme entraînés et peuvent s'écrier : « Entraînez-moi à votre suite (Cant. 1, 3); » et les autres sont conduits et disent : « Le Roi lui-même m'a introduit dans ses celliers (Ibidem).» Enfin, il en est des troisièmes qui sont ravis, comme l'Apôtre le fut, au troisième ciel. Heureux sont les premiers, attendu qu'ils possèdent leur âme dans la patience; les seconds sont plus heureux encore, c'est volontairement qu'ils confessent son saint nom; mais les derniers sont mi ne peut plus heureux, attendu que la puissance de leur libre arbitre, se trouvant comme ensevelie au sein même le plus profond de la miséricorde de Dieu, ils sont ravis dans un esprit d'ardeur, vers les richesses et la gloire, sans savoir si c'est avec ou sans leur corps, ne sachant qu'une chose, c'est qu'ils sont ravis. Heureux, Seigneur Jésus, quiconque n'a que vous pour guide, non point cet esprit transfuge qui, ayant à peine tenté de s'élever, se vit à l'instant frappé de votre droite divine. Pour nous, qui sommes votre peuple et les brebis de votre bercail, puissions-nous vous suivre, ne marcher que par vous, que vers vous qui êtes la voie, la vérité et la vie (Joan. XVI, 6); la voie par l'exemple, la vérité dans les promesses, la vie dans la récompense. Vous avez, en effet, Seigneur, les paroles de la vie éternelle, et nous savons bien, et nous croyons bien que vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant (Joann. VI, 79), et que vous êtes Dieu et béni par dessus tout, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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24 février 2019

LA RÉVOLUTION DE L'AMOUR (Homélie 7° dim. TO)

Homélie 7° dimanche du Temps ordinaire, donnée au couvent d’Avon

Avec l’appel à l’amour des ennemis, nous écoutons ce qui constitue probablement le cœur de l’évangile, son sommet ; une hauteur sublime qui nous fascine autant qu’elle nous déroute voire nous agace ou nous décourage. C’est bien ici la révolution opérée par Jésus dans le champ des relations humaines et dans le domaine social. Révolution ô combien exigeante et souvent mal mise en œuvre car mal comprise. Avant de chercher à mieux saisir le sens de la révolution initiée par Jésus, il faut nous défaire de ses contresens qui ont eu et ont encore parfois des conséquences dramatiques.

Pour cela, il y a la célèbre image utilisée par Jésus, celle de la joue à présenter à celui qui frappe. Image qui cristallise bien des mécompréhensions de la part de ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne. Être chrétien, ce serait s’écraser, subir, ne rien dire, être passif devant le mal. Certains ont même considéré que c’est donc une religion des faibles, des lâches et de névrosés. Et il faut dire que nous n’aidons pas toujours à dépasser ce préjugé. Combien de chrétiens confondent-ils la gentillesse et la bonté ! Un chrétien devrait toujours être gentil. Mais Jésus a-t-il toujours été gentil ? Il n’y a pas besoin d’aller chercher loin dans notre mémoire pour répondre : dimanche dernier, nous entendions le passage qui précède l’évangile d’aujourd’hui. Jésus interpellait vigoureusement les riches et les jouisseurs. Et si nous regardons un peu avant dans l’évangile de Luc, nous voyons Jésus régler leurs comptes aux pharisiens afin de dénoncer leur hypocrisie. Non Jésus n’est pas gentil avec ses ennemis ; il est bon et il est vrai. De même, comme Jésus, le chrétien n’a pas à être toujours gentil ou cool mais à être bon et juste. La gentillesse peut parfois frôler avec la lâcheté, ce qui n’est pas le cas de la bonté, elle qui ne s’accommode jamais du mensonge. Être bon comme Jésus, devenir miséricordieux comme le Père, pardonner dans l’Esprit Saint, ce n’est certainement pas sourire béatement ou fermer les yeux sur le mal commis. Jésus n’a de cesse de dénoncer le mal tout au long de l’évangile. Il refuse toute complicité avec le péché.

Cette dénonciation du mal est fondamentale pour ne pas défigurer le sens véritable du pardon. Le Christ nous invite en effet à pardonner et à être miséricordieux. Mais le pardon, c’est tout un chemin. Celui qui prétend pardonner facilement doit s’interroger sur la vérité et la profondeur de ce geste. Pardonner à l’autre, ce n’est pas être gentil avec lui en l’excusant : ‘il ne l’a pas fait exprès’. C’est choisir de l’aimer par-delà le mal commis ; ce qui suppose que le mal en question soit nommé. ‘Tu m’as fait du mal. Je te pardonne’. Il n’y a pas de pardon sans justice. Sinon le mal n’est pas dénoncé et peut recommencer. Que fait David dans la 1re lecture ? Nous n’avons malheureusement que des extraits. David est poursuivi par le roi Saül qui est jaloux de lui et veut injustement sa mort. David choisit pourtant de ne pas tuer son ennemi mais de l’épargner. Pour autant il clame son innocence en lui disant : « Qu’ai-je fait ? Quel mal y-a-t-il en moi ?  » (1S 26,18) Et face à cette bonté et à la dénonciation de l’injustice de Saül, celui-ci affirme : « J’ai péché. » (v. 21) Il reconnaît le mal commis.

Pardonner, ce ne peut pas être fermer les yeux sur le mal. Il faut d’abord le regarder en face, le dire et avec la grâce de Dieu, si c’est possible, marcher sur un chemin de pardon. Nous ne pouvons pas ici ne pas faire le lien avec les abus sexuels dans l’Eglise en ce dernier jour du sommet sur le sujet au Vatican. Cette confusion entre gentillesse et bonté n’a certainement pas aidé à libérer la parole des victimes. Encore plus quand des responsables osent inviter celles-ci au pardon de leur agresseur, avant de classer l’affaire. Dans les petites choses du quotidien, le pardon est un geste très difficile à poser pour qu’il soit vrai. Combien plus dans le cas de crimes immondes. La miséricorde n’opère que dans la vérité et la justice. Et c’est bien de cette miséricorde dont nous parle Jésus. Lui qui dans son procès a démasqué l’injustice de ses juges par ses questions, avant de leur pardonner sur la croix. Jésus est bien l’innocent qui révolutionne notre fonctionnement humain. Et nous voici revenus au point de départ, après ces clarifications : quelle est cette révolution opérée par Jésus ?

On peut dire, en reprenant les mots de saint Paul dans la 2e lecture, que le Christ nous conduit de notre fonctionnement d’être d’argile à celui d’être spirituel, d’une manière naturelle de vivre à une façon nouvelle reçue de Dieu. Notre manière naturelle de vivre les rapports humains, c’est le donnant-donnant : tu me souris, je te souris ; tu me fais la tête, je te fais la tête ; tu m’invites, je t’invite ; tu me doubles, je te double ; etc. Réfléchissons un peu à notre semaine et vérifions que nous sommes bien des êtres humains marqués par le péché, des fils et des filles d’Adam. Or le dernier Adam, le Christ vit autrement : il n’est pas dans le donnant-donnant. Il ne répond pas par la violence à la violence de ses bourreaux ; il ne se laisse pas piéger par les paroles mielleuses des pharisiens. Il ne réagit pas comme nous le faisons trop souvent en renvoyant ce que nous recevons. Jésus est libre. Quelle est la différence entre lui et nous ? C’est qu’il ne puise pas sa vie dans le regard des autres. Il ne cherche pas à prouver quelque chose pour paraître et être reconnu. Jésus trouve sa source en lui-même : c’est l’amour que son Père a pour lui. Il est abreuvé en permanence par cette source intérieure qui l’irrigue et le fortifie. Ne recevant que de l’amour, il ne peut donner que de l’amour. Il n’a pas à quêter de l’amour chez les autres de façon infantile. Il propose une relation d’amitié libre et adulte à ceux qui s’approchent de lui.

Voilà peut-être une clef pour bien comprendre l’évangile. Car on ne comprend l’évangile qu’en regardant la vie de Jésus ; ou alors on en fait un manuel moral mortifère. Jésus nous montre en quoi le véritable amour est révolutionnaire. Mais cet amour ne peut venir que de Dieu. Seul celui qui a accueilli cet amour gratuit en est assez bouleversé pour changer sa manière de vivre. Seul celui qui se sait infiniment aimé de Dieu se sent libre et capable de ne pas répondre à la violence par la violence mais par ce qui la désarme : l’amour vrai. Ce n’est donc pas de la peur ou la lâcheté mais de la bonté, une bonté puissante. Ce n’est pas non plus un exploit moral mais la réponse à un amour trop grand. Plus je découvre que la vie est en Dieu et m’est donnée, plus j’apprendrai à aimer sans attendre toujours que ce soit réciproque. J’expérimenterai que j’ai assez de force en moi pour endurer des grimaces et même une parole déplacée, tout en sachant parler quand il le faut et ne pas taire la perversion du mal.

Cette révolution de l’amour a commencé il y a bien longtemps ; elle attend notre engagement intérieur pour continuer de renouveler la face de la terre. Prions donc les uns pour les autres, afin que nous sachions un peu plus chercher notre source dans l’amour inépuisable du Père. Et que cet amour nous rende forts et courageux pour aimer, peut-être jusqu’à nos ennemis. Amen

Fr. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd - (couvent d’Avon)

06 février 2015

SAINT-ESPRIT, INSPIREZ-MOI

Esprit-Saint, inspirez-moi,

Amour de Dieu, consummez-moi,

Au vrai chemin conduisez-moi,

Marie, ma mère, regardez-moi,

Avec Jésus, bénissez-moi,

De tout mal, de toute illusion,

De tout danger, préservez-moi

Mariam Baouardy

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