31 mai 2020

PREMIER SERMON POUR LE JOUR DE LA PENTECOTE - SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX

PREMIER SERMON POUR LE JOUR DE LA PENTECOTE. Comment le Saint-Esprit opère trois choses en nous.

1. Mais, bien chers frères, nous faisons aujourd'hui la fête du Saint-Esprit, elle mérite d'être célébrée avec toute sorte de sentiments de joie et de dévotion, car il n'est rien de plus doux en Dieu que son Saint-Esprit ; il est la bonté même de Dieu, il n'est autre que Dieu même. Si donc nous faisons la fête des saints, à combien plus forte raison devons-nous célébrer la fête de celui par qui tous les saints sont devenus saints? Si nous vénérons ceux qui ont été sanctifiés, à combien plus juste titre devons-nous honorer celui qui les a sanctifiés? Nous faisons doue aujourd'hui la fête de l'Esprit-Saint qui a apparu sous une forme visible, tout invisible qu'il soit, et aujourd'hui ce même Esprit-Saint nous révèle quelque chose de sa personne, comme le Père et le Fils s'étaient précédemment révélés à nous; car c'est dans la parfaite connaissance de la Trinité que se trouve la vie éternelle. Quant à présent nous ne la connaissons qu'en partie, et pour le reste qui nous échappe, que nous ne pouvons comprendre, nous le tenons par la foi. Pour ce qui est du Père, je le connais comme créateur de toutes choses, en entendant les créatures s'écrier toutes d'une voix : « C'est lui qui nous a faites, nous ne nous sommes point faites nous-mêmes (Psal. XCIX, 3), » et saint Paul, apôtre, dire : «Ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible depuis la création du monde, par la connaissance que les créatures en donnent (Rom., I, 20). » Quant à son éternité et à son immutabilité, cela me dépasse trop pour que je puisse y rien comprendre, car il habite dans une lumière inaccessible. Pour ce qui est du Fils, j'en sais, par sa grâce, de grandes choses, je sais qu'il s'est incarné. Quant à sa génération éternelle, qui pourra la raconter (Isa. LIII, 8)? Qui peut comprendre que le Fils est égal au Père? En ce qui regarde le Saint-Esprit, si je ne connais point sa procession du Père et du Fils, car cette connaissance admirable est si loin de mon esprit, et si élevée que je ne pourrai jamais y atteindre (Psal. CXXXVIII, 8), du moins je sais quelque chose de lui, c'est l'inspiration. Il y a deux choses dans sa procession, c'est le lieu d'où il procède et celui où il procède. La procession du Père et du Fils se trouve, pour moi, enveloppée d'épaisses ténèbres, mais sa procession vers les hommes commence à devenir accessible à ma connaissance aujourd'hui, et elle est claire maintenant pour les fidèles.

2. Dans le principe, l'Esprit-Saint invisible manifestait sa venue par des signes visibles, il fallait qu'il en fût ainsi; mais aujourd'hui, plus les signes sont spirituels, plus ils conviennent à leur nature, plus ils semblent dignes de lui. Il vint donc alors sur les apôtres sous la forme de langues de feu, afin qu'ils parlassent dans la langue de tous les peuples des paroles de feu, et qu'ils annonçassent avec une langue de feu une loi de feu. Que personne ne se plaigne que l'Esprit ne se manifeste plus à nous ainsi maintenant, « car le Saint-Esprit se manifeste à chacun selon qu'il est besoin (I Cor. XII, 7). » Après tout, s'il faut le dire, c'est plutôt à nous qu'aux apôtres que s'est faite cette manifestation du Saint-Esprit : en effet, à quoi devaient leur servir ces langues des nations, sinon à convertir les nations? Le Saint-Esprit s'est manifesté à eux d'une autre manière qui leur était plus personnelle, et c'est de cette manière là qu'il se manifeste encore en nous à présent. En effet, il devint clair pour tous qu'ils avaient été revêtus de la vertu d'en haut, quand on les vit passer d'une si grande pusillanimité à une telle constance. Ils ne cherchent plus à fuir, ils ne songent plus à se cacher, dans la crainte des Juifs, bien loin de là, ils prêchent en public avec une constance plus grande que la crainte qui les poussait naguère à se cacher. On ne peut douter que le changement opéré en eux ne soit l'œuvre du Très-Haut, quand on se rappelle les craintes du prince dès apôtres à la voix d'une servante, et qu'on voit aujourd'hui sa force sous les coups dont les princes des prêtres le font charger. « Les apôtres sortirent du conseil; dit l'Écriture, tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus (Act. V, 41), » qu'ils avaient abandonné quand on le conduisait lui-même, devant le conseil, et laissé seul par leur fuite. Peut-on douter après cela, qu'ils aient été visités par l'Esprit de force qui seul a pu faire éclater une puissance invisible dans leur âme ? C'est de la même manière aussi que les choses que l'Esprit-Saint opère en nous rendent témoignage de sa présence en nous.

3. Comme il nous a été ordonné de nous détourner du mal et de faire du bien (I Petr. III, 11, et Psal. XXXIII, 145), voyez comment le Saint-Esprit vient au secours dé notre faiblesse pour nous faire accomplir ces deux commandements, car si les grâces sont différentes, l'Esprit qui les donne est le même. Ainsi, pour nous détourner du mal, il opère trois choses en nous, la componction, la supplication et la rémission. En effet, le commencement de notre retour à Dieu est dans le repentir qui n'est certainement point le fruit de notre esprit, mais de l'Esprit-Saint : c'est une vérité que la raison nous enseigne et que l'autorité confirme. En effet, quel homme, s'il s'approche du feu, transi de froid, hésitera à croire, quand il se sera réchauffé, que c'est du feu que lui vient la chaleur qu'il n'aurait pu se procurer ailleurs? Ainsi en est-il de celui .qui, transi de froid par le péché, s'il vient se réchauffer aux ardeurs du repentir, il ne peut douter qu'il a reçu un autre esprit que le sien, qui le gourmande et le juge? C'est d'ailleurs ce que nous apprend l'Évangile; car, en parlant du Saint-Esprit que les fidèles doivent recevoir, le Sauveur dit : « Il convaincra le monde de péché (Joan. XVI, 8). »

4. Mais à quoi bon le repentir de sa faute, si on ne prie point pour en obtenir le pardon? Or, il faut encore que ceci soit opéré par le Saint-Esprit, pour qu'il remplisse notre âme d'une douce confiance qui la porte à prier avec joie et sans hésiter. Voulez-vous que je vous montre que c'est là encore l'œuvre du Saint-Esprit? D'abord, tant qu'il sera éloigné de vous, soyez sûr que vous ne trouverez rien qui ressemble à la prière au fond de votre cœur. D'ailleurs, n'est-ce pas en lui que nous nous écrions : Mon Père, mon Père (Rom. VIII, 16) ? N'est-ce pas lui encore qui prie pour nous avec des gémissements inénarrables (Ibidem, 26), et cela dans le fond même de notre cœur? Que ne fait-il point dans le cœur du Père? Mais, de même qu'au dedans de nous, il intercède pour nous, ainsi, dans le Père, il nous pardonne nos fautes de concert avec le Père; dans nos cœurs, il remplit auprès du Père le rôle de notre avocat, et dans le cœur du Père il se conduit divers nous comme notre Seigneur. Ainsi c'est lui qui nous donne la grâce de prier, et c'est lui qui nous accorde ce que 'nous demandons dans la prière, et, en même temps qu'il nous élève vers Dieu, par une pieuse confiance en lui, il incline bien plus encore le cœur de Dieu vers nous, par un effet de sa bonté et de sa miséricorde. Aussi, pour que vous ne doutiez point que c'est le Saint-Esprit qui opère la rémission des péchés, écoutez,ce qui fut dit un jour aux apôtres : «Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez (Joan. XX, 22 et 23). » Voilà donc ce que fait le Saint-Esprit pour nous éloigner du péché.

5. Quant au bien, qu'est-ce que le Saint-Esprit opère en nous pour nous le faire faire ? Il nous avertit, il nous meut, il nous instruit. Il avertit notre mémoire, il instruit notre raison, il meut notre volonté; car toute l'âme est dans ces trois facultés. Pour ce qui est de la mémoire le Saint-Esprit lui suggère le souvenir du bien dans ses saintes pensées, et c'est par là qu'il secoue notre lâcheté et réveille notre torpeur. Aussi, toutes les fois, ô mon frère, que vous sentirez naître dans votre cœur le souvenir du bien, rendez gloire à Dieu, et hommage au Saint-Esprit, c'est sa voix qui retentit à vos oreilles, car il n'y a que lui qui parle de justice, et, comme dit l'Evangile : « Il vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit (Joann. XIV, 26). » Mais remarquez ce qui précède : « Il vous enseignera toutes choses (Ibid.). » Or, je vous ai dit qu'il instruit la raison. Il y en a beaucoup qui sont pressés de bien faire, mais ils ne savent ce qu'ils doivent faire, il leur faut, pour cela, encore une grâce du Saint-Esprit. Il faut qu'après nous avoir suggéré la pensée du bien, il nous apprenne à en venir aux actes, et

à ne pas laisser la grâce de Dieu stérile dans notre cœur. Mais quoi! n'est-il pas dit que « celui-là est plus coupable, qui sait ce qu'il faut faire et ne le fait point (Jacob. IV, 17) ? » Ce n'est donc point assez d'être averti et instruit du bien à faire, il faut encore que nous soyons mus, et portés à le faire par le Saint-Esprit qui aide notre faiblesse, et répand dans nos cœurs la charité qui n'est autre que la Bonne volonté.

6. Mais, lorsque le Saint-Esprit, survenant ainsi en vous, se sera mis en possession de votre âme tout entière, lui suggérera de bonnes pensées, l'instruira et l'excitera, en faisant entendre constamment sa voix dans nos âmes, et que nous entendrons ce que le Seigneur Dieu dira au dedans de nous en éclairant notre raison et enflammant notre volonté. Ne vous semble-t-il pas alors qu'il aura rempli, de langues de feu, la maison entière de notre âme? Car, comme je vous l'ai déjà dit, l'âme est toute dans ces trois facultés. Que ces langues de feu nous semblent distinctes les unes des autres, c'est un signe de la multiplicité des pensées de notre esprit, mais dans leur multiplicité même, la lumière de la vérité, et la chaleur de la charité, en fera comme un seul et même foyer. D'ailleurs, on peut dire que la maison de notre âme ne sera complètement remplie qu'à la fin, lorsqu'il sera versé dans notre sein une bonne mesure, une mesure foulée, pressée, enfaîtée par dessus les bords. Mais quand en sera-t-il ainsi? Seulement, lorsque les jours de la Pentecôte seront accomplis. Heureux ceux qui sont déjà entrés dans la quadragésime du repos, et qui ont commencé l'année jubilaire, je veux parler de ceux de nos frères à qui le Saint-Esprit a donné l'ordre de se reposer de leurs travaux, car c'est encore une de ses opérations. En effet, il y a deux époques que nous célébrons particulièrement, l'une est la Quadragésime, et l'autre la Quinquagésime; l'une précède la Passion et l'autre suit la Résurrection; la première est consacrée à la componction du cœur et aux larmes de la pénitence; la seconde à la dévotion de l'esprit, et au chant solennel de l'Alléluia. La sainte quarantaine est la figure de la vie présente, et les cinquante jours qui la suivent sont l'image du repos des saints qui succède à leur mort. Lorsque les jours de cette cinquantaine seront terminés, c'est-à-dire au jugement dernier, et à la résurrection, le jour de la Pentecôte sera venu, et la maison sera toute remplie de la plénitude du Saint-Esprit. Car, la terre entière sera pleine de sa majesté lorsque, non-seulement notre âme, mais aussi notre corps devenu spirituel ressuscitera, si toutefois, selon l'avis que l'Apôtre nous donne, nous avons eu soin de le semer enterre, lorsqu'il était encore tout animal (I Cor. XV, 44).

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30 mai 2019

DEUXIÈME SERMON POUR LE JOUR DE L'ASCENSION - SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX

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Ascension du Seigneur Source

Comment le Seigneur monte au ciel afin d'accomplir toutes choses

1. La solennité de ce jour, mes frères, est glorieuse en même temps que joyeuse, si vous me permettez de le dire; en ce jour, en effet, le Christ reçut une gloire unique, et nous, nous trouvons un sujet tout particulier de joie. Elle est la clôture, la terminaison de toutes les autres fêtes chrétiennes et l'heureux terme du pèlerinage du Fils de Dieu ici-bas. En effet, c'est le même qui descendait sur la terre, qui remonte aujourd'hui au plus haut des cieux, afin d'accomplir toutes choses (Eph. IV, 10). Après avoir montré qu'il est le maître de tout ce qui est sur la terre, au fond de la nier et dans les enfers, il ne lui restait plus qu'à montrer de même, ou plutôt, par des preuves plus convaincantes encore , qu'il est le maître des airs. La terre, en effet, avait reconnu son Sauveur, lorsqu'à ce cri puissant, tombé de ses lèvres: « Lazare, sortez dehors (Joann. XI, 44), » elle rejeta un mort de son sein. La mer le reconnut aussi, lorsqu'elle se fit solide sous ses pas le jour où ses disciples le prenaient pour un fantôme (Matt. XIV, 25). Enfin, les enfers le reconnurent pour leur maître et Seigneur, le jour où il rompit leurs portes de fer (Psal. CVI, 16), et brisa leurs gonds d'airain, le jour, dis-je, où il garrotta l'homicide dont la rage est insatiable, le diable, dis-je, Satan (Apoc. XII, 9 et XX, 2.) Oui,. celui qui ressuscita les morts, guérit les lépreux, rendit la vue aux aveugles, fit marcher droit les boiteux, et, d'un souffle, mit en fuite tout le cortége de nos infirmités, s'est montré le maître de toutes choses, en restaurant toutes celles qui s'étaient détériorées, de la même main qui les avait créées. De même, il a bien prouvé qu'il était le Seigneur de la mer et de tout ce qui se meut dans son sein, quand il prédit à son disciple qu'il trouverait une pièce d'argent dans le ventre du poisson qu'il allait prendre (Matt. XVII, 26). Enfin, quand il a traîné à sa suite les puissances de l'air et les a attachées à sa croix, il a fait voir qu'il avait plein pouvoir sur les puissances infernales. Il a passé, en effet, en faisant le bien, et en délivrant les possédés du démon, ce Jésus qui, dans un lieu champêtre, instruisait la foule qui le suivait et devant son juge, se tenait debout pour recevoir un soufflet, et qui, pendant tout le temps qu'il passa sur la terre, vécut parmi des hommes, toujours debout malgré d'innombrables fatigues, et opérait notre salut au milieu de la terre.

2. Et maintenant, Seigneur Jésus, pour mettre la dernière main à votre tunique sans couture, pour donner à l'édifice de notre foi son couronnement, li ne reste plus qu'à vous montrer le maître des airs à vos disciples, en vous élevant, à leurs yeux, dans le ciel. Alors, il sera évident pour eux que vous êtes le Seigneur de toutes choses, puisque, vous aurez accompli tout en toutes choses, et c'est alors que tout genou devra fléchir à votre seul nom dans les cieux, sur la terre et dans les enfers, et toute langue proclamer que vous êtes dans la gloire assis à la droite du Père (Philipp. II. 40). A cette droite, se trouvent des délices sans fin; aussi quand l'Apôtre nous exhorte à rechercher les choses qui sont dans le ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu (Coloss. III, 1), c'est parce que c'est là qu'est Jésus-Christ, notre trésor, celui en qui sont. cachés tous les trésors de la sagesse et de la science, parce que c'est en lui que la plénitude de la divinité habite corporellement (Coloss. II, 3).

3. Mais, je vous le demande, mes frères, de quelle douleur et de quelle crainte le cœur des apôtres ne fut-il tout à coup inondé quand ils virent le Seigneur Jésus se séparer d'eux et s'élever dans les airs, non pas à l'aide d'échelle ou de tables, mais au milieu d'une troupe d'anges qui lui faisaient cortège ? Il ne s'appuyait point sur eux, mais il allait vers les cieux dans toute la plénitude de sa puissance. C'est alors que s'accomplirent ces paroles : « Vous ne pouvez me suivre là où j'irai (Joan. VII, 34). » En quelque lieu du monde qu'il fût allé, ils l'auraient tous suivi, ils se seraient même jetés à la mer, comme Pierres le fit un jour (Matt. XIV, 29), eût-il fallu y périr avec lui; mais ils ne pouvaient le suivre dans cette voie, parce que « le corps qui se corrompt appesantit l'âme, cette demeure terrestre abat l'esprit par la multiplicité des soins dont elle l'occupe sans cesse (Sap. IX, 15).» La douleur de ces enfants de l'Epoux, en voyant celui pour qui ils avaient tout laissé soustrait à leurs sens, enlevé à leurs regards, leur crainte en se trouvant orphelins au milieu des Juifs, avant d'avoir été confirmés par la vertu d'en haut, étaient donc beaucoup trop grandes pour qu'ils ne laissassent point couler des larmes au départ du Sauveur. Pour lui, en s'élevant dans les airs il les bénissait; les entrailles de sa miséricorde infinie étaient sans doute émues au moment où il se séparait de ses disciples attristés, et quittait la pauvre petite troupe des siens; il ne l'aurait point fait, si ce n'eût été pour aller leur préparer une place, et parce qu'il leur était avantageux qu'il les privât de sa présence sensible. Quel heureux, quel beau cortège que celui auquel les apôtres n'étaient point encore dignes de se joindre, alors que leur Maître remonte vers son Père, suivi de la troupe triomphale des vertus célestes et des âmes des saints, et va s'asseoir à la droite de son Père ! C'est bien en ce moment qu'il a tout accompli; car, après être venu au monde parmi les enfants des hommes, après avoir passé toute sa vie avec eux, enfin, après avoir souffert la passion et la mort pour eux, il ressuscite, il monte dans les cieux et va s'asseoir à la droite de Dieu. Je reconnais là cette tunique d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas, elle se termine,au séjour des cieux, là où Notre-Seigneur Jésus-Christ consomme toutes choses et se trouve lui-même consommé dans la gloire.

4. Mais quelle part y a-t-il pour moi dans ces solennités? Qui est-ce qui me consolera, ô bon Jésus, moi qui ne vous ai vu ni attaché à la croix, ni couvert. de plaies livides, ni dans la pâleur de la mort ? moi qui n'ai pas compati au crucifié, qui ne suis point allé visiter son sépulcre, afin de faire couler au moins le baume de mes larmes sur ses plaies ? Comment m'avez-vous pu quitter sans me donner un dernier salut, alors que dans tout l'éclat de votre parure de fête vous avez été accueilli par le cour céleste tout entière, ô Roi de gloire ? Oui, mon âme aurait repoussé tonte espèce de consolations si les anges n'étaient,venus à moi avec des paroles de jubilation sur les lèvres pour me dire : « Hommes de Galilée, pourquoi demeurez-vous ainsi immobiles les yeux attachés au ciel? Ce Jésus qui, en se séparant de vous, s'est élevé dans les cieux, en reviendra un jour de la même manière que vous l'y avez vu monter (Act. I, 11). » Il reviendra, disent-ils, de la même manière. Viendra-t-il donc nous chercher dans ce cortège unique et universel, ou descendra-t-il précédé de tous les anges et suivi de tous les hommes pour juger les vivants et les morts? Il est bien certain qu'il reviendra sur la terre, mais il y reviendra de la même manière qu'il s'en éloigne aujourd'hui, non pas comme il y descendit 1a première fois. En effet, lorsqu'il vint pour sauver nos âmes, il se fit humble; mais quand il reviendra pour tirer ce cadavre de son sommeil de mort, pour le rendre semblable à son corps glorieux, et remplir d'une gloire abondante ce vase si faible aujourd'hui, il se montrera dans toute sa splendeur. Aussi, reverrons-nous alors avec une grande puissance et une grande majesté celui qui la première fois s'était caché sous les infirmités de notre chair. Non content de diriger mes regards vers lui, je pourrai le contempler, mais non point encore de près, et cette seconde apparition, pleine de gloire et d'éclat, dépassera manifestement l'éclat et la gloire de sa première glorification.

5. Mais en attendant celui qui est les prémices des hommes, le Christ, s'est offert en sacrifice, il est monté à la droite de son Père, et il se tient maintenant devant sa face pour nous. Il est assis là (Psal. CII, 8), sa main droite pleine de miséricorde et sa gauche de justice ; miséricorde et justice en lui sont infinies, dans sa main droite est l'eau, et dans la gauche est le feu.,Quant à sa miséricorde il l'a rendue égale à la .distance qui sépare la terre des cieux, pour ceux qui le craignent; le trésor de ses miséricordes remplit pour eux l'intervalle de la terre aux cieux. Les desseins du Seigneur sont immuables sur eux, et sa miséricorde, à leur égard, va d'un bout de l'éternité à l'autre, du bout de leur éternelle prédestination, au bout de l'éternelle rémunération. Mais il en est de même pour les réprouvés; il se montre terrible pour les enfants des hommes, en sorte que, dans les deux sens, sa sentence est à jamais fixée aussi bien pour ceux qui sont sauvés que pour ceux qui sont, perdus. Qui me dira si tous ceux que je vois en ce moment devant moi ont leurs noues écrits dans les cieux, consignés dans le livre de la prédestination ? Il me semble bien que je vois quelques marques de vocation et de justification dans votre vie toute d'humilité; aussi de quels torrents de joie mes os même seraient inondés, s'il m'était donné d'avoir sur votre salut une entière certitude; mais il n'est point donné à l'homme de savoir s'il est digne d'amour ou de haine (Eccl. IX, 1).

6. Persévérez donc, mes très-chers frères, persévérez dans la règle que vous avez embrassée, afin de monter par l'humilité à la sublimité, car l'une est la voie qui conduit à l’autre, et il p'en est pas de plus sûre que l'humilité pour arriver à la sublimité. Quiconque y tend par un autre chemin tombe plus qu'il ne monte, car il n'y a que l'humilité qui nous élève, il n'y a qu'elle qui nous puisse conduire à la vie. Et Jésus-Christ lui-même qui, étant Dieu, ne pouvait, à cause de sa divinité, ni croître ni monter, puisqu'il n'y a rien au-dessus de Dieu, a trouvé un moyen de croître en descendant, en venant s'incarner, souffrir et mourir pour nous arracher à la mort éternelle; aussi Dieu son Père, l'a-t-il exalté quand il est ressuscité, quand. il s'est élevé dans les cieux et qu'il est allé s'asseoir à la droite de Dieu. Allez, mon frère, et faites de même; vous ne sauriez monter si vous ne commenciez par descendre, car tel est l’arrêt, la loi éternelle : « Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé (Luc. XIV, 11, et XVIII, 4). » O perversité! ô abus des enfants d'Adam ! Quand il est si difficile de monter et si facile de descendre, ils montent à Dieu d'un pied leste et dégagé, et ne descendent qu'avec infiniment de peine, et sont toujours prêts aux honneurs, toujours disposés à s'élever aux dignités ecclésiastiques, dont les anges eux-mêmes trembleraient d'accepter le fardeau. Mais dans la voie que vous avez tracée, c'est à peine si l'on trouve, b Seigneur Jésus, quelques âmes qui vous suivent, ou plutôt, qui se traînent après vous et consentent à se laisser conduire dans les sentiers de vos commandements. Les uns sont comme entraînés et peuvent s'écrier : « Entraînez-moi à votre suite (Cant. 1, 3); » et les autres sont conduits et disent : « Le Roi lui-même m'a introduit dans ses celliers (Ibidem).» Enfin, il en est des troisièmes qui sont ravis, comme l'Apôtre le fut, au troisième ciel. Heureux sont les premiers, attendu qu'ils possèdent leur âme dans la patience; les seconds sont plus heureux encore, c'est volontairement qu'ils confessent son saint nom; mais les derniers sont mi ne peut plus heureux, attendu que la puissance de leur libre arbitre, se trouvant comme ensevelie au sein même le plus profond de la miséricorde de Dieu, ils sont ravis dans un esprit d'ardeur, vers les richesses et la gloire, sans savoir si c'est avec ou sans leur corps, ne sachant qu'une chose, c'est qu'ils sont ravis. Heureux, Seigneur Jésus, quiconque n'a que vous pour guide, non point cet esprit transfuge qui, ayant à peine tenté de s'élever, se vit à l'instant frappé de votre droite divine. Pour nous, qui sommes votre peuple et les brebis de votre bercail, puissions-nous vous suivre, ne marcher que par vous, que vers vous qui êtes la voie, la vérité et la vie (Joan. XVI, 6); la voie par l'exemple, la vérité dans les promesses, la vie dans la récompense. Vous avez, en effet, Seigneur, les paroles de la vie éternelle, et nous savons bien, et nous croyons bien que vous êtes le Christ, fils du Dieu vivant (Joann. VI, 79), et que vous êtes Dieu et béni par dessus tout, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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24 septembre 2018

SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX

"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille."

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06 janvier 2017

ÉPIPHANIE

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Paolo Schiavo. XVe. Source

Sermons de Saint Bernard :

Epiphanie I - Epiphanie II - Epiphanie III - Epiphanie IV - Epiphanie V - Epiphanie VI

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