10 juin 2019

LA GRÂCE DU SAINT ESPRIT EST LUMIÈRE

Séraphin de Sarov

Encore il faut que je vous dise, afin que vous compreniez mieux ce qu’il faut entendre par la grâce divine, comment on peut la reconnaître, comment elle se manifeste chez les hommes qu'elle éclaire : la grâce du Saint- Esprit est Lumière. Toute l’Écriture Sainte en parle. David, l'ancêtre du Dieu-Homme, a dit : « Une lampe sous mes pieds, ta parole, une lumière sur ma route ». En d'autres termes, la grâce du Saint-Esprit, que la loi révèle sous la forme des commandements divins, est mon luminaire et ma lumière.

En effet, le Seigneur a souvent montré, en présence de nombreux témoins, l'action de la grâce du Saint-Esprit sur des hommes qu'il avait éclairés et enseignés par de grandioses manifestations. Rappelez-vous Moïse après son entretien avec Dieu sur le Mont Sinaï. Les gens ne pouvaient pas le regarder, tellement son visage brillait d'une lumière extraordinaire. Il était même obligé de se montrer au peuple la face recouverte d'un voile. Rappelez-vous la Transfiguration du Seigneur sur le Thabor. « Il fut trans­figuré devant eux et ses vêtements devinrent blancs comme neige », et ses disciples, effrayés, tombèrent la face contre terre. Lorsque Moïse et Élie apparurent revêtus de la même lumière, « un nuage les recouvrit afin qu'ils ne soient pas aveuglés ». C'est ainsi que la grâce du Saint-Esprit de Dieu apparaît dans une lumière ineffable à ceux à qui Dieu manifeste son action.

Comment, alors, demandai-je au Père Séraphim, pourrais-je reconnaître en moi la présence de la grâce du Saint-Esprit ?

C'est fort simple, répondit-il. L’Écriture dit : « Tout est simple pour celui qui acquiert la Sagesse ». Notre malheur, c'est que nous ne la recherchons pas, cette Sagesse divine qui, n'étant pas de ce monde, n'est pas présomptueuse. Pleine d'amour pour Dieu et pour le prochain, elle façonne l'homme pour son salut. C'est en parlant de cette Sagesse que le Seigneur a dit : « Dieu veut que tous soient sauvés et parviennent à la Sagesse de la vérité ». À ses Apôtres qui manquaient de cette Sagesse, il dit : « Combien vous manquez de Sagesse ! N'avez-vous pas lu les Écritures ? » Et l’Évangile dit qu'il leur ouvrit l'intelligence afin qu'ils puissent comprendre les Écritures. Ayant acquis cette Sagesse, les Apôtres savaient toujours si, oui ou non, l'Esprit de Dieu était avec eux et, remplis de cet Esprit, affirmaient que leur œuvre était sainte et agréable à Dieu. C'est pourquoi ils pouvaient écrire : « Il a plu au Saint-Esprit et à nous… », et c'est seulement persuadés qu'ils étaient de sa présence sensible, qu'ils envoyaient leurs messages. Alors, ami de Dieu, vous voyez comme c'est simple ?

 

Bellefontaine 1973, S.O. 11, p. 205-207, Entretien avec Motovilov.

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09 juin 2019

PENTECÔTE

L'acquisition du Saint Esprit

Saint Séraphin de Sarov

Comment l'acquisition ?, demandai-je au Père Séraphim. Je ne comprends pas très bien.

L'acquisition, c'est la même chose que l'obtention. Vous savez ce que c'est que d'acquérir de l'argent ? Pour le Saint-Esprit, c'est pareil. Pour les gens du commun, le but de la vie consiste en l'acquisition d'argent : le gain. Les nobles, en plus, désirent obtenir des honneurs, des marques de distinction et autres récompenses accordées pour des services rendus à l’État. L'acquisition du Saint-Esprit est aussi un capital, mais un capital éternel, dispensateur de grâces ; très semblable aux capitaux temporels, et qui s'obtient par les mêmes procédés. Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu-Homme, compare notre vie à un marché et notre activité sur terre à un commerce. Il nous recommande à tous : « Négociez jusqu'à ce que je vienne, en économisant le temps, car les jours sont incertains », autrement dit : Dépêchez-vous d'obtenir des biens célestes en négociant des marchandises terrestres. Ces marchandises terrestres ne sont autres que les actions vertueuses faites au Nom du Christ et qui nous apportent la grâce du Saint-Esprit.

 

Dans la parabole des vierges sages et des vierges folles, quand ces dernières manquèrent d'huile, il leur fut dit : « Allez en acheter au marché ». Mais en revenant, elles trouvèrent la porte de la chambre nuptiale close et ne purent entrer. Certains estiment que le manque d'huile chez les vierges folles symbolise l'insuffisance d'actions vertueuses faites dans le courant de leur vie. Moi, misérable, je pense qu'il leur manquait justement le Saint-Esprit de Dieu. Tout en pratiquant des vertus, ces vierges, spirituellement ignorantes, croyaient que la vie chrétienne consistait en ces pratiques. Nous avons agi d'une façon vertueuse, nous avons fait œuvre pie, pensaient-elles, sans se soucier si, oui ou non, elles avaient reçu la grâce du Saint-Esprit. De ce genre de vie, basé uniquement sur la pratique des vertus morales, sans un examen minutieux pour savoir si elles nous apportent - et en quelle quantité - la grâce de l'Esprit de Dieu, il a été dit dans les livres patristiques : « Certaines voies qui paraissent bonnes au début conduisent à l'abîme infernal ».

C'est justement la grâce du Saint-Esprit symbolisée par l'huile, qui faisait défaut aux vierges folles. Elles sont appelées "folles" parce qu'elles ne se souciaient pas du fruit indispensable de la vertu, qui est la grâce de l'Esprit-Saint, sans laquelle personne ne peut être sauvé.

 

Bellefontaine 1973, S.O. 11, p. 184-186, Entretien avec Motovilov.

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