14 février 2017

PARTIR - MÉDITATION SPIRITUELLE D'YVES RAGUI, JÉSUITE

Partir

Quand on a décidé de partir à la recherche de Dieu, il faut faire ses bagages, seller son âne et se mettre en route. La montagne de Dieu est à peine visible dans le lointain... A l'aube, il faut partir.

C'est un grand départ. Il faut dire adieu. A quoi? A tout et à rien. A rien, car ce monde que l'on quitte sera toujours là près de nous, en nous, jusqu'à notre dernier souffle, toujours aussi près de nous. A tout, car, en partant à la recherche de l'absolu, nous coupons les ponts avec tout ce qui pourrait nous en détourner. La séparation, finalement, n'est pas dans l'éloignement mais dans le détachement

Oui, quand tu veux prier, il faut ouvrir ta maison et dénouer ton âme en Dieu. Chaque genre de vie demande un détachement. Il faut que se détache d'elle-même et se dénoue l'âme des époux, l'âme des fiancés. Autrement il n'y a pas d'amour possible, mais un égoïsme cherché dans l'autre. A l'extrême pointe de l'amour se trouve l'amour de Dieu, don total et réciproque de l'un à l'autre. Mais pour l'homme Dieu est l'Autre, l'autre qui finalement se révèlera, dans l'amour, comme l'être de notre être.

Qu'emporter avec soi ? Tout soi-même et rien de moins. Étrange réponse après avoir dit qu'il faut tout laisser et surtout se laisser soi-même. Et pourtant c'est vrai, il faut s'emporter tout entier. Beaucoup ne partent qu'en apparence. Ils n'emportent avec eux qu'un fantôme d'eux-mêmes, une maquette abstraite. Ils se mettent eux-mêmes en sécurité avant de se mettre en route...

C'est déjà une sorte de saint qui s'embarque pour l'expédition, un personnage modelé d'après les traités de la perfection. Ils envoient un double d'eux-mêmes tenter l'aventure et s'étonnent ensuite de ne retirer de tout cela que déception.

En partant, il faut mettre sur son âne tout ce qu'on possède et partir avec tout ce qu'on est, sa carcasse, son esprit, son âme, il faut tout prendre, les grandeurs et les faiblesses, le passé de péché, les grandes espérances, les tendances les plus basses et les plus violentes... tout, tout, car tout doit passer par le feu.

Comme le bout du chemin se perd en Dieu et que personne ne connaît le chemin sinon celui qui vient de Dieu, Jésus Christ, il faut, tout en écoutant les maîtres que nous rencontrons, fixer les yeux sur lui seul. Il est la voie, la vérité et la vie. Lui seul d'ailleurs a parcouru le chemin dans les deux sens. Il faut mettre notre main dans la sienne et partir.

Extraits de  "Chemins de la contemplation" - DDB 1969, pp. 28-30

Yves Raguin, jésuite -

SOURCE


07 février 2017

LE DON DES LARMES

Cette semaine La Foi prise au mot suit la proposition d´une de nos fidèles téléspectatrices nous suggérant de parler du «?don des larmes?». Dans une époque où les larmes se cachent désormais, on est surpris de voir combien les personnages de la Bible ou les grands saints de la tradition chrétienne pleurent. Le fameux «?don des larmes?» est d´ailleurs vu comme une grâce spirituelle. Que signifient tous ces pleurs?? Que représentent les larmes dans la vie spirituelle?? Et que dire d´un temps, le nôtre, qui ne pleure plus? alors que toute notre tradition spirituelle - qu´elle soit juive puis chrétienne - valorise les pleurs? Les larmes sont tellement importantes que la tradition spirituelle chrétienne en a fait un don spirituel, une grâce majeure, comme si pleurer nous rapprochait en quelque sorte de Dieu. Pour répondre à ces questions, nous recevons Catherine Chalier, philosophe, et le père Dominique Salin, jésuite.
La Foi prise au Mot du 29/01/2017.

10 janvier 2017

MAXIME DE HEVENESI

Gábor Hevenesi ( Vásárosmiske/Hongrie 1656 - Vienne 1715), jésuite hongrois, est à l'origine d'une très belle maxime dans ses "Scintillae Ignatianae" (1705), recueil de propos qu'on attribua à Ignace de Loyola lui-même.
Cette maxime synthétise admirablement la spiritualité et la théologie ignatiennes.

Telle est la première règle de ceux qui agissent :

crois en Dieu
comme si tout le cours des choses dépendait de toi,
en rien de Dieu.

Cependant mets tout en oeuvre en elles,
comme si rien ne devait être fait par toi,
et tout de Dieu seul.
source

15 septembre 2015

CANTIQUE SPIRITUEL

Je veux aller courir parmi le monde,
Où je vivrai comme un enfant perdu,
J'ai pris l'humeur d'une âme vagabonde
Après avoir tout mon bien dépendu.
Ce m'est tout un que je vive ou je meure,
Il me suffit que l'Amour me demeure.

Déchu d’honneur, d’amis et de finance,
Amour je suis réduit à ta merci,
Je ne puis plus mettre mon espérance,
Qu’au seul plaisir d’être à toi sans souci.
Ce m'est tout un…

Allons, Amour, allons à l'aventure
Avecques toi je n'appréhende rien,
Quelque travail que souffre la nature,
Te possédant, je serai toujours bien.
Ce m'est tout un…

Si mes amis les plus chers m’abandonnent,
Si mes parents m’appellent insensé,
Je chanterai pour les biens qu’ils me donnent,
Pourvu qu’Amour ne m’ait point délaissé.
Ce m'est tout un…

O doux Amour, en qui je me repose,
Que tu m'as bien de soucis déchargé !
Perdre ou gagner m'est une même chose,
Depuis qu'Amour mon esprit a changé.
Ce m'est tout un…

Allons, Amour, au plus fort de l'orage,
Que l'océan renverse tout sur moi.
J'aime bien mieux me perdre avec courage
En te suivant, que me perdre sans toi.
Ce m'est tout un…

Je ne veux plus qu'imiter la folie
De ce Jésus, qui sur la Croix un jour,
Pour son plaisir, perdit honneur et vie,
Délaissant tout pour sauver son Amour.
Ce m'est tout un que je vive ou je meure,
Il me suffit que l’Amour me demeure.

Jean-Joseph Surin, sj
   (1600 - 1665)

Source

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