02 janvier 2020

LA VRAIE JOIE N'EST PAS DANS LA FÊTE MAIS DANS LE DON

Chacun connaît la célèbre cantate de Jean-Sébastien Bach, « Jésus que ma joie demeure », dont le titre exact est d’ailleurs non pas un souhait mais une affirmation : « Jésus demeure ma joie. » Cela signifie que, quelles que soient les épreuves, les déceptions, les souffrances de l’existence, la joie, celle qui vient du Christ et non point celle, éphémère, qui vient du monde, est indéracinable

La « joie parfaite »

Nous confondons souvent la joie avec des émotions ou des passions passagères, ce qui provoque une certaine excitation qui retombe comme un soufflé aussitôt que l’objet qui nous a remué a disparu. La joie est bien autre chose. Nous sommes surpris lorsque nous découvrons, dans les Fioretti de saint François d’Assise, ce qu’il nomme la joie parfaite. Cheminant avec Frère Léon, en plein hiver, de Pérouse à Sainte-Marie-des-Anges, il enseigne que la joie parfaite du frère mineur n’est point la sainteté, les dons de guérison, la prophétie, la sagesse de toutes choses, la prédication talentueuse. La joie parfaite est l’humiliation, le rejet, la privation, les souffrances, dans l’humilité et dans la charité, pour la gloire de Dieu. Et il conclut : 

« Et enfin, écoute la conclusion, frère Léon : au-dessus de toutes les grâces et dons de l’Esprit saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l’amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités ; car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons nous glorifier, puisqu’ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon que dit l’Apôtre : “Qu’as-tu que tu ne l’aies reçu de Dieu ? et si tu l’as reçu de lui, pourquoi t’en glorifies-tu comme si tu l’avais de toi-même ?” Mais dans la croix de la tribulation et de l’affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c’est pourquoi l’Apôtre dit : “Je ne veux point me glorifier si ce n’est dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ." » 

La croix est donc la joie parfaite, ce qui n’est guère ce qui nous vient à l’esprit lorsque nous nous réjouissons à Noël ou avec ceux que nous aimons. Ce n’est pas la croix par dolorisme mais la croix qui est un don venant vraiment de nous, ce qui n’est pas le cas du reste, de nos talents et des grâces que nous recevons du Très Haut. Georges Bernanos n’exprime pas autre chose dans son roman La Joie : « Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur. » Le même dédicaçait ainsi un exemplaire de ce livre au P. Victor Poucel : « La joie, en attendant la douce pitié de Dieu qui sûrement se lèvera demain. »

Une promesse

Saint Thomas d’Aquin a admirablement décrit la joie qui, dans certains cas, semble tenir par la main la tristesse. Notre Seigneur a déclaré à ses apôtres : « Que ma joie soit en vous et que votre joie soit pleinement accomplie » (Jn 15, 11). Cette joie est une promesse qui n’est pas totalement accomplie car il faut attendre l’éternité pour en vivre pleinement. Comme le dit Léon Bloy dans Dans les ténèbres : « Nous sommes des dormants pleins des images de l’Eden perdu, des mendiants aveugles au seuil d’un palais sublime dont la porte est close. » La joie parfaite ne sera donnée qu’à l’intérieur du palais, une fois que le paradis sera de nouveau notre séjour. Dans sa Ballade du cœur qui a tant battu, Charles Péguy souligne bien le mélange de soie et de laine dans la joie humaine, la soie pure n’étant donnée que dans le Royaume :

« Ô cœur tissé de joie
Sur fond de peine,
La joie est une proie,
La peine est reine.

Ô cœur îles de joie
Sur fond de peine,
La joie est une soie
Sur fond de laine.

Les jours tissés de soie
Sur fond de laine,
Les jours tissés de joie
Sur fond de peine.

Les jours tissus de soie
Sur fond de laine,
Les sorts tissus de joie
Sur fond de peine.

Nos jours tissus de soie
Sur fond de laine
Nos sorts tissus de joie
Sur fond de peine »

« Fille de la charité »

Le Docteur angélique expliquait comment joie et tristesse procèdent tous deux de l’amour mais pour des motifs opposés. Il définit ainsi la joie, fille de la charité : « La joie est causée par l’amour, ou bien parce que celui que nous aimons est présent, ou bien encore parce que lui-même est en possession de son bien propre, et le conserve » (Somme théologique IIa-IIae, qu.28). La joie véritable n’a rien d’extravagant ou d’hystérique. Elle est une pauvre et humble fille qui se faufile au milieu de tous les obstacles de l’existence et qui arrive, malgré tout, à survivre et à éclairer nos ténèbres. Il est toujours impressionnant de constater que les plus pauvres en ce monde, ceux qui s’entassent dans les bidonvilles, qui vivent dans les rues savent saisir la joie qui passe. Il suffit de savoir aimer pour expérimenter cette joie, si fragile et modeste.

Lorsque, dans une société, chacun ne vit plus que d’envie, de jalousie, de revendications pour ses droits et ses privilèges, la joie pure n’y a plus sa place. Elle n’est plus honorée. Elle est négligée car elle ne correspond plus aux attentes et aux exigences. Là encore, l’Aquinate avait bien vu que les vices opposés à la joie étaient l’acédie et la jalousie. La joie est une fille pauvre qui se donne à ceux qui leur ressemble dans leur cœur. Pour les autres, le lot est l’insatisfaction permanente. Léon Bloy écrivait : « J’ai soif d’être regardé comme un pauvre homme, très isolé et plein d’amour. Rien de plus. Vous ne connaissez pas ma faiblesse, ni mon ignorance, ni mon abjection véritable, ni ma tristesse de démon, et vous ne savez rien de la joie qui est au fond de mon âme. » 

Cette joie est crucifiante par moments, comme celle vécue, parfaitement, par la sainte Vierge, dès le moment de la Nativité, alors qu’elle regarde son enfant promis à la souffrance, à la mort pour aboutir à la victoire et à la résurrection. D’où les représentations anciennes où elle est allongée triste, près d’une grotte noire comme l’enfer, cette crèche où repose le sauveur du monde. Les pauvres du monde sont les seuls à pouvoir comprendre ce message dans leur chair et dans leur sang. Tout le reste n’est que figure de prédication par un orateur au ventre trop plein devant des ouailles repues.

La fête perpétuelle est triste

La fête a poussé la joie de son trône de misère et s’y est installée en imposteur. Dans ce monde festif, la joie n’a plus droit de cité. La fête perpétuelle dans notre pays comblé et ingrat s’est parée d’une tristesse invincible, celle qui pousse tant et tant, souvent les plus protégés et les mieux lotis, à grogner, à se plaindre, à militer, à exiger, à revendiquer. Alors on ne peut plus que bâiller d’ennui devant toutes les richesses qui nous accablent, tout en lorgnant vers celles que nous ne possédons pas et qui nous apparaissent comme des droits qui nous appartiennent. La vraie joie réside dans la simplicité, dans les petites choses reçues et partagées, dans le don, dans l’abnégation et le sacrifice au quotidien. Parmi les pauvres, ce qui est reçu, aussi modeste soit-il, est toujours aussitôt partagé. C’est cela qui crée la joie, et non point le fait de s’approprier un bien ou de consommer égoïstement un cadeau.

Une source inépuisable

Le catholique devrait secouer le joug du faux festif imposé et politiquement correct, se garder des mouvements de jalousie pour rétablir la joie qu’il a reçue en héritage dans toute sa splendeur et sa magnificence. Notre pays ne pourra retrouver son âme que s’il cesse de refuser cette joie qui vient d’en haut et qui lui fait peur depuis maintenant plus de deux siècles. Nous nous plaignons d’être tristes mais nous haïssons la vraie joie, l’ayant remplacée par les simagrées qui proviennent du Malin et de ses légions. Cette absence de joie est une preuve supplémentaire de l’existence de Satan, non point comme fruit de notre imagination mais comme réalité spirituelle qui s’est révoltée contre le Créateur. Lorsque nous refusons la joie, nous faisons l’œuvre du démon et nous suivons aveuglément l’immense troupeau bêlant, alors que chacun est toujours et sans cesse l’unique brebis perdue que le Pasteur serre contre son cœur comme son bien le plus précieux. Voilà la source inépuisable de notre joie.

SOURCE : ALETEIA


19 novembre 2019

PJ 485 - SOUFFRANCE, MORT, CHOSES ULTIMES

Dans la même disposition d'esprit, j'accepte la joie ou la souffrance, la louange ou l'humiliation ; je me souviens que les unes et les autres sont passagères (...) PJ 485

16 novembre 2019

PJ 342 - SOUFFRANCE, MORT, CHOSES ULTIMES

La souffrance est le plus grand trésor sur cette terre - elle purifie l'âme. C'est dans la souffrance que nous reconnaissons qui est notre véritable ami. L'amour véritable se mesure avec le thermomètre des souffrances. PJ 342

PJ 963 SOUFFRANCE, MORT, CHOSES ULTIMES

Oh ! Si l'âme savait combien Dieu l'aime, elle mourrait de joie et d'excès de bonheur, un jour, nous découvrirons ce qu'est la souffrance, mais alors nous ne serons plus capable de souffrir. Le moment présent nous appartient. PJ 963

12 novembre 2019

PJ 578 - SOUFFRANCE, MORT, CHOSES ULTIMES

(...) Les jours de souffrance semblent toujours plus longs, mais ils passent aussi, quoiqu'ils s'écoulent si lentement que souvent il nous semblent qu'ils reculent plutôt, et cependant leur fin est proche, et après, la joie éternelle et inconcevable. L'éternité - qui concevra et comprendra au moins ce seul mot qui provient de Toi, ô Dieu inconcevable, c'est-à-dire l'éternité. PJ 578


10 novembre 2019

PJ 57 - SOUFFRANCE, MORT, CHOSES ULTIMES

(...) La souffrance est une grande grâce. Par la souffrance, l'âme devient semblable au Sauveur, dans la souffrance l'amour se cristallise. Plus la souffrance est grande, plus l'amour devient pur. PJ 57

08 novembre 2019

PJ 227 - SOUFFRANCE, MORT, CHOSES ULTIMES

Dans les épreuves, je vais tâcher de voir la main aimante de Dieu. Il n'y a rien d'aussi durable que la souffrance - elle tient toujours fidèlement compagnie à l'âme. Ô Jésus, je ne permettrai à personne de me devancer dans mon amour pour Toi. PJ 227

14 septembre 2019

LA CROIX GLORIEUSE

Laudes

Parole de Dieu : (He 2, 9b-10)

Nous voyons Jésus couronné de gloire et d’honneur à cause de sa passion et de sa mort. S’il a fait l’expérience de la mort, c’est, par grâce de Dieu, pour le salut de tous. En effet, puisque le créateur et maître de tout voulait avoir une multitude de fils à conduire jusqu’à la gloire, il était normal qu’il mène à sa perfection, par la souffrance, celui qui est à l’origine du salut de tous.

AELF

***

Lectures de la messe

Première lecture

« Celui qui regardait vers le serpent de bronze restait en vie ! » (Nb 21, 4b-9)

Lecture du livre des Nombres

En ces jours-là,
en chemin à travers le désert, le peuple perdit courage.
    Il récrimina contre Dieu et contre Moïse :
« Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ?
Était-ce pour nous faire mourir dans le désert,
où il n’y a ni pain ni eau ?
Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »
    Alors le Seigneur envoya contre le peuple
des serpents à la morsure brûlante,
et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël.
    Le peuple vint vers Moïse et dit :
« Nous avons péché,
en récriminant contre le Seigneur et contre toi.
Intercède auprès du Seigneur
pour qu’il éloigne de nous les serpents. »
Moïse intercéda pour le peuple,
    et le Seigneur dit à Moïse :
« Fais-toi un serpent brûlant,
et dresse-le au sommet d’un mât :
tous ceux qui auront été mordus,
qu’ils le regardent, alors ils vivront ! »
    Moïse fit un serpent de bronze
et le dressa au sommet du mât.
Quand un homme était mordu par un serpent,
et qu’il regardait vers le serpent de bronze,
il restait en vie !

    – Parole du Seigneur.

Psaume

(Ps 77 (78), 3-4a.c, 34-35, 36-37, 38ab.39)

R/ N’oubliez pas les exploits du Seigneur ! (cf. Ps 77, 7b)

Nous avons entendu et nous savons
ce que nos pères nous ont raconté ;
nous le redirons à l’âge qui vient,
les titres de gloire du Seigneur.

Quand Dieu les frappait, ils le cherchaient,
ils revenaient et se tournaient vers lui :
ils se souvenaient que Dieu est leur rocher,
et le Dieu Très-Haut, leur rédempteur.

Mais de leur bouche ils le trompaient,
de leur langue ils lui mentaient.
Leur cœur n’était pas constant envers lui ;
ils n’étaient pas fidèles à son alliance.

Et lui, miséricordieux,
au lieu de détruire, il pardonnait.
Il se rappelait : ils ne sont que chair,
un souffle qui s’en va sans retour.

Évangile

« Il faut que le Fils de l’homme soit élevé » (Jn 3, 13-17)

Alléluia. Alléluia.
Nous t’adorons, ô Christ, et nous te bénissons :
par ta Croix, tu as racheté le monde.
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,
Jésus disait à Nicodème :
    « Nul n’est monté au ciel
sinon celui qui est descendu du ciel,
le Fils de l’homme.
    De même que le serpent de bronze
fut élevé par Moïse dans le désert,
ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
    afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.
    Car Dieu a tellement aimé le monde
qu’il a donné son Fils unique,
afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,
mais obtienne la vie éternelle.
    Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde,
non pas pour juger le monde,
mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

    – Acclamons la Parole de Dieu.

AELF

14 septembre 2018

PRIÈRE D'INTERCESSION - BIENHEUREUX MARIE-JOSEPH CASSANT

Seigneur Jésus, tu révèles ton Père aux humbles et aux petits. Par l'Esprit Saint tu as conduit le Bienheureux Marie-Joseph sur le chemin de la prière et de l'offrande, au coeur d'une communauté et avec le soutien d'un père spirituel. Mets aussi sur notre route des témoins capables de nous guider dans la réponse à ton appel et de nous soutenir jusque dans la souffrance, pour entrer dans la joie du Père avec qui tu règnes dans l'unité du Saint-Esprit pour les siècles des siècles.

Amen

Source

11 juillet 2016

PASSION/PASSIONS

Je n'ai plus peur - Patriarche Athénagoras

 

Il faut mener la guerre la plus dure contre soi-même.
Il faut arriver à se désarmer.
J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.
Mais maintenant, je suis désarmé.Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.
Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier
en disqualifiant les autres.
Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.
J’accueille et je partage.
Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets.
Si l’on m’en présente de meilleurs, ou plutôt non pas meilleurs,
mais bons, j’accepte sans regrets.
J’ai renoncé au comparatif.
Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.

C’est pourquoi je n’ai plus peur.
Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.

Si l’on se désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre
au Dieu-Homme, qui fait toutes choses nouvelles, alors,
Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible.

Source

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Le mystère du mal et de la souffrance

Lettre apostolique de Jean-Paul II Salvifici Doloris (sens chrétien de la souffrance humaine)

Définition du mot : passion